Qui visez-vous exactement lorsque vous dites « certains » ?

« Il y a deux types de responsables. D’abord, les groupements d’extrême gauche comme les « antifas », qui sont des dangers majeurs. Ensuite, une partie de la classe syndicale qui accepte l’inacceptable. Enfin, il y a la responsabilité des partis politiques par leur tolérance ou leur soutien implicite. Quand on voit une Sarah Schlitz (Ecolo) qui se marre parce que j’ai dû rentrer par la fenêtre à Liège, ou le PTB et le Parti Socialiste qui ne condamnent jamais ces violences ni ces menaces de mort, ils portent une responsabilité. En droit pénal, il existe des omissions coupables ; ici, nous y sommes en plein. »

Pourtant, le dernier rapport de l’OCAM indique que le danger de l’extrême droite reste proportionnellement plus important que celui de l’extrême gauche.

« Oui, mais ce même rapport précise que la progression la plus importante se situe au niveau de l’extrême gauche. En termes de danger intérieur immédiat, je ne vois pas où est le péril de l’extrême droite et j’aimerais que l’OCAM m’explique sa position. Sur les derniers mois, c’est l’extrême gauche qui représente la menace progressant le plus rapidement. C’est un fait. Mon domicile et mon lieu de travail sont sous surveillance. Ces déploiements policiers sont décidés par les autorités sur base de menaces réelles. Citez-moi la dernière fois que l’extrême droite a empêché un événement ou manifesté de façon violente ? »

Un rassemblement d’extrême droite était prévu ce soir à Saint-Josse. Voorpost a finalement décidé d’annuler par crainte que ça tourne mal.

« Ils invoquent le risque posé par la présence des antifas. Je n’ai aucune sympathie pour l’extrême droite, mais dans un État de droit, tout rassemblement légal doit pouvoir se tenir. On peut combattre les idées, mais on doit laisser le droit de les exprimer. Ici, certains veulent se substituer à la loi et déterminer qui a le droit de parler selon leur propre définition du bien et du mal. »

Une commune comme la Ville de Bruxelles, qui s’est proclamée « antifa », ne devrait-elle pas interdire les rassemblements de groupes identifiés comme fascistes ou proches de cette mouvance ?

« On ne peut pas autoriser ou interdire des événements sur la base d’un critère d’opportunité politique. Si vous faites cela, vous n’êtes plus dans une démocratie libérale, mais dans une dictature. Le seul critère doit être le maintien de l’ordre public. Si un mouvement d’extrême droite ne comporte pas de danger pour la sécurité, il n’y a pas de raison de l’interdire. »

Les mesures répressives annoncées par Georges-Louis Bouchez n’inquiètent pas les Antifas : « C’est un pur effet d’annonce »

Vous demandez la dissolution des « Antifas ». Quelle est la différence ?

« La différence aujourd’hui, c’est que le mouvement antifa est devenu une menace avérée. Il faut dissoudre ces groupes, comme on dissoudrait n’importe quel groupe d’extrême droite qui menacerait la sécurité publique. »

Vous invoquez la nécessité de dissoudre les groupes antifas. Est-ce l’une des raisons d’être de la « loi Quintin » [avant -projet de loi qui autoriserait le gouvernement à demander la dissolution administrative ou l’interdiction d’organisations jugées dangereuse pour la sécurité nationale sans passer d’abord par le volet judiciaire, NdlR] ?

« Exactement. Nous avons déjà sollicité l’avis du Conseil d’État à ce sujet. Nous sommes actuellement en train de durcir certains aspects de cette législation, car il est impératif de mettre hors d’état de nuire les groupements qui représentent un danger pour la sécurité publique. On ne peut pas, au nom de la liberté, laisser les ennemis de la liberté prospérer. »

Le système judiciaire actuel permet pourtant déjà d’interdire des associations s’il les considère comme dangereuses…

« Manifestement, ce n’est pas le cas. Des groupements antifas se rassemblent sans difficulté alors qu’on y retrouve des individus comme Bertrand Sassoye [un des chefs historiques des Cellules Communistes Combattantes, NdlR]. Aujourd’hui, parmi les antifas, il y a un nouveau « CCC » (Cellules Communistes Combattantes), sous le nom de « Classe contre Classe ». On sait où ils habitent, mais il y a toujours eu une tolérance à l’égard de l’extrême gauche qui n’existe pas pour l’extrême droite. Je prône la tolérance zéro pour les deux. Ce qui s’est passé le 18 septembre est gravissime, et le silence complice de certains génère aujourd’hui un risque réel de répétition de ces violences dans notre pays. »