La forêt boréale, aussi appelée taïga, forme la plus grande étendue forestière continue au monde. Dominée par des conifères à feuilles persistantes (pins, épicéas, mélèzes), elle abrite une biodiversité riche, des ours bruns et des wapitis aux bisons, castors, hiboux ou aigles rares.

Cette immense ceinture verte traverse les hautes latitudes de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie, couvrant notamment l’Alaska, le Canada, l’Islande, la Scandinavie, la Russie et certaines régions d’Asie.

Mais sa position septentrionale la rend particulièrement vulnérable : la région se réchauffe près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Résultat, l’écosystème tout entier est sous pression.

35 ans d’images satellites révèlent un basculement rapide

Dans une étude publiée dans Biogeosciences, des chercheurs de terraPulse et du Centre de vol spatial Goddard de la Nasa ont analysé la plus longue série de données satellitaires jamais compilée sur la couverture arborée boréale.


Vues depuis l’espace, certaines zones du biome boréal apparaissent dominées par des forêts jeunes, composées majoritairement d’arbres de petite taille, selon les données de l’étude. © M Feng et al., Biogeosciences, 2026

Entre 1985 et 2020, 224 026 images issues des satellites Landsat 4, 5, 7 et 8 ont été traitées grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique. Les scientifiques ont ainsi produit des cartes d’une précision inédite, à une résolution de 30 mètres, couvrant l’ensemble du biome.

Le constat est spectaculaire : en 35 ans, la forêt boréale a gagné environ 844 000 kilomètres carrés, soit une expansion de 12 %. Mais cette croissance s’est faite exclusivement vers le nord. La « ceinture verte » s’est déplacée d’environ 0,29 degré de latitude vers le pôle Nord.

La forêt d'émeraude. © Nicolas Raymond, CC by-nc 2.0

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Une expansion qui cache un profond bouleversement

À première vue, cette progression pourrait sembler positive. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Tandis que la forêt avance vers les régions arctiques, des portions importantes de ses marges méridionales disparaissent.

L’étude révèle aussi une transformation démographique majeure : de nombreux arbres anciens ont péri, remplacés par de jeunes forêts. Or ces jeunes peuplements absorbent moins efficacement le carbone atmosphérique que les forêts matures.

Les auteurs soulignent que ces changements ne sont pas seulement spatiaux, mais structurels. La part croissante de jeunes forêts modifie les caractéristiques fonctionnelles de l’écosystème et pourrait influencer son rôle dans le cycle mondial du carbone. Comprendre cette évolution est crucial pour anticiper les futures rétroactions climatiques issues des régions boréales.