Dans le salon, l’artiste a élaboré elle-même la teinte de vert qui orne les murs. Elle fait dialoguer ses céramiques avec des meubles de famille, dont un fauteuil ayant appartenu à sa grand-mère. Au centre, un tapis de prière népalais.

Si un intérieur en dit long sur la personne qui l’habite, celui de Christabel MacGreevy s’apparente à une archive personnelle. Installée depuis quelques années dans le quartier de Stoke Newington, dans le nord de Londres, l’artiste envisage son appartement comme une extension naturelle de sa pratique artistique. Situé au dernier étage, il bénéficie d’une lumière abondante qui accompagne les couleurs vives apposées sur les murs et les oeuvres qui y prennent place.

Formée à Central Saint Martins, aux Beaux-Arts de Paris puis à la Royal Drawing School, Christabel MacGreevy a toujours évolué entre plusieurs médiums. Dessin, peinture, céramique… Son travail se développe librement entre ces disciplines, même si le dessin en constitue le socle. C’est par le trait que les idées prennent forme, avant de se déployer ailleurs, notamment dans la terre, devenue centrale ces dernières années. Après des résidences au Mexique et aux Pays-Bas, c’est dans son atelier de Hackney qu’elle façonne des formes simples et archaïques, à l’instar de vases aux allures d’amphores. Des silhouettes à la fois utilitaires et symboliques, qui évoquent le corps féminin et traduisent son intérêt pour les récits anciens, les archétypes et la mémoire collective, nourri par des années passées à dessiner des modèles vivants. « J’aime ces formes pour leur caractère premier et intemporel, explique-t-elle. Tous les pots en céramique possèdent une dimension anthropomorphique, mais l’amphore en est sans doute l’expression la plus évidente. On la retrouve dans toutes les cultures anciennes : c’est une forme qui s’est imposée naturellement, par sa fonction et son usage. »

Bougeoir de Christabel MacGreevy.

Christabel a également développé un intérêt pour les formes purement utilitaires, en investissant le mobilier et les objets : chaises anciennes peintes et recouvertes de patchwork, lampes associant bases en céramique et abat-jour en soie peinte… Chez elle, ses créations cohabitent naturellement avec des pièces chinées et des éléments familiaux. Dans le salon aux murs verts, un fauteuil ayant appartenu à sa grand-mère dialogue avec ses propres céramiques. Ailleurs, des appliques en émail et en étain rapportées de Guadalajara ou des stores habillés d’un collage textile ponctuent l’espace. La couleur joue un rôle central dans cette composition, puisque chaque pièce s’organise autour d’une teinte dominante, qui détermine ensuite l’atmosphère et les choix qui suivent. « Il ne s’agissait pas de chercher la perfection, mais des choses fonctionnelles, avec du caractère », résume-t-elle.

Applique en émail et en étain rapportée de Guadalajara.

Ce rapport sensible aux intérieurs prend une dimension plus intime à travers le lien qui l’unit à sa grand-mère, l’artiste peintre Anthea Craigmyle. Après sa disparition en 2016, Christabel s’est installée dans sa maison afin d’en dessiner les pièces, le mobilier, les livres et les objets. De cette immersion est née une série de natures mortes, conçue comme un portrait indirect, qui est devenue sa première exposition personnelle à Londres. Une attention aux usages et à la mémoire qui irrigue également son travail actuel : Christabel présente aujourd’hui une nouvelle série de sculptures en céramique à Palm Beach, dans le cadre d’une exposition collective à la Eric Firestone Gallery. Réalisés à partir d’oxydes de cuivre et de nickel sur engobe blanc, ces vases convoquent aussi bien les peintures rupestres de Chauvet et de Lascaux que les fresques de la tombe de Nebamon, prolongeant son intérêt pour les récits fondateurs et les formes primitives, où l’objet devient support de transmission et de narration.

Store habillé d’un collage textile.

Christabel MacGreevy porte un pantalon issu d’une collaboration entre sa marque Itchy Scratchy Patchy et Dickies Workwear, ainsi que des chaussettes Socksss.