Wim Wenders, Michelle Yeoh et les pellicules belges au programme de la 76e Berlinale« Je souhaitais que justice soit faite »
Une séquence traumatisante pour la fille de Klaus Kinski. Depuis près de quinze ans, elle demande au réalisateur de la couper. En vain. Alors, aujourd’hui, poussée par la vague MeToo, elle dénonce publiquement la situation dans le Süddeutsche Zeitung : « Même si je n’en savais pas grand-chose à 13 ans, je comprenais déjà que ce n’était pas correct. » Avant d’ajouter sur Instagram : « Je souhaitais que justice soit faite à l’époque, mais au moins maintenant, Wim Wenders… » Elle a donc annoncé son intention de porter l’affaire devant les tribunaux pour empêcher toute nouvelle diffusion de cette scène -le film est toujours disponible en streaming- mais aussi de réclamer des dédommagements.
Le dilemme moral de Wim Wenders
En retour, le cinéaste a fait savoir dans un premier temps qu’il considérait cette séquence comme « artistiquement essentielle ». Mais lors des remises des prix du cinéma allemand, les Lola, il a apporté une réponse embarrassée à l’actrice « que j’ai beaucoup admirée et que j’admire encore. » « Je ne referais jamais ça aujourd’hui, a-t-il lâché. J’en sais plus aujourd’hui, beaucoup plus. Les sensibilités ont changé ; nous vivons dans un monde complètement différent d’il y a 50 ans. »
Pour autant, Wim Wenders n’envisage toujours pas de supprimer la scène de deux minutes. À ses yeux, cela pose un dilemme moral. « Comment gérez-vous le patrimoine cinématographique ?, a-t-il demandé. Peut-on raccourcir un film après coup ? Je suis moi-même perplexe. » A ses yeux, ce serait créer un dangereux précédent : « Ce serait alors possible pour tous les films suivants. Je souhaite en discuter et ne pas être seul face à cette problématique. Je ne veux pas porter ce fardeau seul. »
« Perfect Days » : sur les traces d’Ozu à Tokyo, Wim Wenders signe un chef-d’œuvreDes attaques très dures dans les médias
Une argumentation qui n’a pas nécessairement convaincu en Allemagne. Le Berliner Zeitung s’est montré particulièrement virulent à ce sujet. Sous le titre « Monsieur Wenders, veuillez accéder à la demande de Nastassja Kinski et supprimer deux minutes de votre travail ! », il dénonce « un monde qui, d’un côté, a lancé le mouvement MeToo, mais qui est loin d’être prêt à exposer les failles de toutes ses idoles. Et dans lequel ces mêmes idoles rejettent toujours la faute sur ‘les mœurs d’avant’ ou trouvent un moyen de se défiler. Il ne s’agit pas de censure, ni de liberté artistique, ni de la disparition d’une œuvre. Il s’agit simplement de deux minutes de film, ce qui ne devrait poser aucun problème à un réalisateur, compte tenu du portrait qui hante encore aujourd’hui une femme. »
« Suite au Covid et à #Me Too, on ne savait plus comment gérer le corps de l’autre »
Et le média berlinois de conclure : « Le refus de Wenders paraît hypocrite, mesquin et déshonorant. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, il aurait au moins l’occasion de rendre hommage à Nastassja Kinski. Non par culpabilité, mais par magnanimité et humanité. Par respect et compassion pour une femme qui a tant donné à son cinéma. Paris Texas ne serait pas devenu ce qu’il est aujourd’hui – une légende – sans Nastassja Kinski. »
Le Süddeutsche Zeitung évoque, lui, « l’infamie de Wim Wenders. » : « Le réalisateur, qui a montré nue Nastassja Kinski alors qu’elle n’avait que 13 ans, fait porter à l’actrice la responsabilité de la censure au cinéma. Que cela suscite des applaudissements de la part d’un milieu qui se veut pourtant si sensible : on n’en revient pas. » Vu l’ampleur de la polémique, on devrait encore en entendre beaucoup parler. Et pas seulement en Allemagne.