Les équipes de l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (Irbi), unité de recherche conjointe du CNRS et de l’Université de Tours, ont publié dans le Journal of Experimental Biology des travaux majeurs sur le DEET, le répulsif anti-insectes le plus utilisé du monde, qui deviendrait attirant pour certains d’entre eux.

Dans leur publication, les chercheurs tourangeaux indiquent que les moustiques vecteurs de la dengue, du Zika, du chikungunya, de la fièvre jaune et d’autres virus, peuvent apprendre à associer l’odeur du DEET à de la nourriture et qu’ils pourraient être attirés à piquer les personnes qui sentent l’odeur du répulsif.

Le DEET « reste malgré tout le répulsif le plus efficace à l’heure actuelle protégeant contre les maladies transmises par les insectes », indiquent les conclusions de l’étude.

Des expériences inédites menées à Tours

« Nous savions que si les moustiques sont exposés de manière répétée au DEET, celui-ci réduit son efficacité en tant que répulsif, mais qu’il pourrait éventuellement devenir attractif n’avait pas été testé auparavant », explique dans la revue Claudio Lazzari, enseignant-chercheur à l’Université de Tours.

Claudio Lazzari, professeur à l’Université de Tours, chercheur à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte à Tours, est un des spécialistes mondiaux du moustique.

Claudio Lazzari, professeur à l’Université de Tours, chercheur à l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte à Tours, est un des spécialistes mondiaux du moustique.
© (Photo archives NR, Alexandre Métivier)

D’après Claudio Lazzari, le DEET appliqué sur la peau plusieurs heures auparavant devient « trop peu concentré pour repousser efficacement les moustiques ».

À cette faible concentration, « son odeur resterait détectable et pourrait même contribuer à les attirer ».

Pour confirmer leur étude, les chercheurs tourangeaux ont nourri les moustiques avec du sang chaud dans un premier temps, puis ont pulvérisé l’odeur du DEET, répétant l’action à trois reprises.

Cela a permis de vérifier la réaction postérieure des moustiques à l’odeur du répulsif seul et plus de 60 % d’entre eux tentaient de piquer, dès qu’ils sentaient le DEET.

Un même test a été effectué avec une solution sucrée et l’odeur du DEET, les moustiques piqueraient avec enthousiasme dès qu’ils détectent l’odeur du répulsif.

Cela démontre que les moustiques sont capables d’apprendre à associer une odeur de DEET à de la nourriture, et que le port de ce répulsif pourrait, dans certaines conditions, augmenter l’attractivité des moustiques et donc les inciter davantage à piquer.