L’endométriose est une maladie qui se définit par la présence de tissus semblables à la muqueuse utérine et qui se développent en dehors de l’utérus ; elle ne se limite pas aux douleurs pelviennes ou aux problèmes de fertilité. Des recherches récentes, notamment conduites à l’université de Californie à San Francisco (UCSF), montrent que ses effets se propagent bien au-delà des organes reproducteurs, perturbant des systèmes aussi variés que le système nerveux, cardiovasculaire ou immunitaire.

Des symptômes qui dépassent largement la sphère gynécologique

Julie Nash, agente immobilière texane aujourd’hui âgée de 40 ans, a eu ses premières règles douloureuses à 14 ans. Ce n’est qu’après plus d’une décennie de souffrance qu’elle a obtenu un diagnostic. Et encore, une grande partie de ses symptômes restait inexpliquée : fatigue chronique sévère, brûlures gastriques, douleurs dans le bas du dos, les hanches et les jambes, envies fréquentes d’uriner. Elle ne faisait pas le lien. Son chirurgien, lui, a retiré des lésions endométriales sur son côlon, ses muscles dorsaux et ses nerfs gastriques.

On commence à en savoir plus sur cette maladie pourtant assez répandue chez les femmes en âge de procréer. © Africa Studio, Adobe Stock

Une nouvelle découverte sur l’endométriose

Une méta-analyse de plusieurs études suggère qu’une consommation optimale de produits laitiers, associée à une faible consommation de viande rouge, d’acides gras saturés et trans, pourrait diminuer le risque d’endométriose…. Lire la suite

Ce cas n’est pas isolé. Megan Wasson, chirurgienne gynécologue spécialisée en chirurgie mini-invasive à la Mayo Clinic de Phoenix, a elle-même extrait des lésions des poumons, de la rate et du péricarde. Son constat est direct : l’endométriose est une maladie inflammatoire systémique, pas une simple affection utérine.


En France, l’endométriose touche 2 millions de femmes, soit 1 personne sur 10. C’est la première cause d’infertilité dans ce pays. © Prostock-Studio, iStock

L’étude menée à l’UCSF, qui a analysé les dossiers médicaux anonymisés de près de 40 000 patientes issues de six systèmes de santé universitaires californiens, a identifié plusieurs centaines de symptômes et pathologies associés à la maladie. Parmi les liens les moins attendus :

Linda Giudice, endocrinologue spécialisée dans la reproduction à l’UCSF et coautrice de l’étude, admet avoir été surprise : elle s’attendait à identifier une dizaine de comorbidités, mais pas des centaines ! Ces connexions s’expliqueraient par plusieurs mécanismes combinés : inflammation systémique, excès d’œstrogènes, hypersensibilité à la douleur et dérèglements génétiques partagés avec d’autres pathologies inflammatoires.

Vers un diagnostic plus précoce et des traitements repensés

Dix ans d’errance diagnostique en moyenne, c’est un chiffre qui ne devrait plus être acceptable en 2026. Pourtant, il reste la norme pour beaucoup de femmes. Marina Sirota, pédiatre et spécialiste des mégadonnées à l’UCSF, avance une piste concrète : croiser des symptômes apparemment sans lien entre eux, comme des migraines associées à des reflux et des douleurs pelviennes, pourrait déclencher plus tôt une investigation ciblée.

Il semblerait possible de diagnostiquer l'endométriose grâce à un simple prélèvement de salive. © Andrey Popov, Adobe Stock 

Bientôt un test salivaire pour diagnostiquer l’endométriose ?

Une start-up a mis au point un test salivaire qui permettrait de diagnostiquer rapidement et facilement l’endométriose. Sachant que la plupart des femmes attendent bien souvent plusieurs années avant d’obtenir le diagnostic, ce nouveau test est une véritable révolution…. Lire la suite

Du côté des outils diagnostiques, une douzaine de sociétés de biotechnologies travaillent actuellement sur des tests sanguins, salivaires ou menstruels capables de détecter des marqueurs moléculaires spécifiques. Un test salivaire est déjà disponible dans plusieurs centres en France dans le cadre d’essais cliniques. Megan Wasson est enthousiaste à l’idée que ces outils puissent un jour être accessibles aux pédiatres et aux médecins généralistes.

Côté traitements, les pistes se multiplient aussi. Les travaux non publiés de Marina Sirota suggèrent que les statines et la primaquine, un antipaludique, ont réduit les douleurs endométriales chez les animaux de laboratoire. Les résultats chirurgicaux sont parlants : chez de nombreuses patientes de Megan Wasson, traiter la source de l’inflammation par exérèse des lésions a fait disparaître des pathologies en apparence sans lien. Quand on retire le feu, la fumée se dissipe d’elle-même.