Le 2 juin a lieu la Journée mondiale des troubles du comportement alimentaire. Ces maladies touchent des milliers de personnes, mais restent souvent sous-estimées. Un diagnostic précoce permet toutefois d’améliorer les chances de guérison.
Les troubles du comportement alimentaire (TCA) se déclarent le plus souvent à l’adolescence. Ellie Filieri, étudiante de 18 ans dans le domaine médical, en a fait l’expérience. Depuis l’enfance, elle entretient un rapport difficile avec son apparence et, à 12 ans, les restrictions alimentaires commencent.
Ce comportement s’est aggravé l’année passée à la suite d’une période de vie difficile. Un diagnostic a pu être posé: Ellie souffre d’anorexie mentale. « Ça m’a fait un choc. Je n’avais jamais remarqué chez moi quelque chose qui ne fonctionnait pas comme les autres », confie-t-elle dans le 19h30 de la RTS.
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Au quotidien, cette anorexie s’illustre avec des restrictions, notamment de prise de sucre et de féculents, couplées à de l’exercice physique excessif. « Ma manière d’éliminer, c’est le sport, donc je suis tout le temps en hyperactivité », explique la jeune femme. « Ce n’est pas facile pour les autres autour de moi de le gérer, parce qu’ils ne savent pas trop comment mettre des stops. Je dois aussi mettre des stops moi-même, mais ce n’est pas facile, parce qu’il y a toujours la culpabilité qui prend le dessus ».
Expression d’une grande souffrance
Les formes les plus connues de TCA sont l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie. L’anorexie se caractérise par une restriction alimentaire aboutissant à une perte de poids qui peut être importante, tandis que la boulimie et l’hyperphagie correspondent à des épisodes d’ingestion compulsive de grandes quantités de nourriture en peu de temps.
Les crises de boulimie sont suivies d’un comportement compensatoire (utilisation de laxatifs, vomissements provoqués, etc.), contrairement à l’hyperphagie, qui entraîne généralement un surpoids ou une obésité.
Les TCA sont des maladies psychiques et sont l’expression d’une grande souffrance. Plusieurs signes peuvent alerter les proches qu’une personne souffre de ces troubles.
« Ce que l’on peut voir souvent chez les jeunes, c’est qu’ils commencent à avoir un intérêt nouveau et très important pour l’alimentation, qu’ils mettent en place des stratégies pour perdre du poids », indique dans l’émission Forum Stylianos Charalampakis, responsable médical du Centre vaudois anorexie boulimie (abC) du Département de psychiatrie du CHUV, à Lausanne. « Et puis à côté de cela, il peut y avoir des changements au niveau de la personnalité, avec un retrait social, un évitement ».
>> Voir l’interview de Stylianos Charalampakis dans Forum :
En quoi la famille est-elle une alliée face aux troubles du comportement alimentaires? Interview de Stylianos Charalampakis (vidéo) / Forum / 5 min. / aujourd’hui à 19:00 Le rôle de la famille
Mais même s’ils remarquent que quelque chose ne va pas, certains parents peuvent se sentir démunis. « Je voyais qu’il y avait un souci, mais je ne savais pas comment l’aider », se souvient Malorie Filieri, la mère d’Ellie. Pour elle, la pose d’un diagnostic sur le TCA dont souffre sa fille a été vécue comme un soulagement. « J’ai vraiment remercié la psychologue qui a posé ces mots avec délicatesse », dit-elle.
Aujourd’hui, les proches sont de plus en plus impliqués dans le processus de guérison. La thérapie familiale est l’un des traitements les plus utilisés. « On inclut les familles et on veut en faire des alliés pour la prise en charge », précise Stylianos Charalampakis.
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Pourtant, pendant longtemps, la famille a justement été considérée comme étant à l’origine de ces troubles. « Maintenant, la conception a complètement changé », affirme le docteur. « Dans tout dysfonctionnement familial, il peut y avoir des choses qui participent, bien sûr, mais il n’y a pas un lien de causalité direct ». « Pour qu’il y ait un trouble du comportement alimentaire, il faut une série d’événements et c’est multifactoriel », ajoute-t-il.
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Le nombre de cas de TCA reste souvent sous-estimé, car il peut être difficile d’aller consulter. Pourtant, les médecins insistent sur l’importance d’une prise en charge précoce. « On le voit surtout chez les adolescents et les jeunes adultes: plus on intervient vite, plus le jeune aura un bon pronostic », déclare Stylianos Charalampakis.
« Mais cela ne veut pas dire qu’il faut décourager les gens qui en souffrent depuis plus longtemps à venir consulter », précise-t-il. « On peut aider toutes ces personnes. On peut guérir de l’anorexie et de la boulimie ».
Aujourd’hui, Ellie est justement sur le chemin de la guérison. Pas à pas, elle a l’espoir de s’en sortir. « Un jour, oui. Pas tout de suite, mais un jour », souffle-t-elle, optimiste.
>> Voir aussi l’interview de la psychiatre Kerstin von Plessen dans le 19h30 :
La psychiatre Kerstin von Plessen revient sur les TCA / 19h30 / 3 min. / aujourd’hui à 19:30
Propos recueillis par Olivier Kurth, Stephen Mossaz, Mehmet Gultas et Thibaut Schaller
Adaptation web: Emilie Délétroz