Ces mots ne sont pas anodins. Le rexisme ne désigne pas une simple dérive administrative ou une réforme contestable de la fonction publique. Il renvoie à un mouvement d’extrême droite autoritaire qui a sapé les fondements de la démocratie belge avant de collaborer avec l’occupant nazi. Quant au trumpisme, qu’on l’apprécie ou pas, il est devenu le raccourci commode servant à disqualifier toute décision jugée brutale ou clivante. À force de convoquer les heures « les plus sombres de l’histoire » pour commenter les conflits sociaux du présent, on finit par vider les mots de leur sens. Si une réforme du recrutement public relève du rexisme, alors que reste-t-il pour qualifier le rexisme ? Si chaque désaccord politique devient une menace existentielle pour la démocratie, comment distinguer encore les véritables dangers des controverses ordinaires d’une société démocratique ?
Cette inflation verbale n’est pas propre à la CGSP. Elle traverse désormais l’ensemble du débat public. Les réseaux sociaux ont installé une logique où seule l’exagération semble permettre d’exister. Le problème est que cette surenchère ne radicalise pas seulement les mots. Elle radicalise les esprits. En présentant l’adversaire comme un danger quasi autoritaire, on légitime en retour toutes les outrances à son encontre. Le débat démocratique se transforme alors en affrontement permanent, où la nuance est assimilée à une faiblesse.
La réforme du statut des fonctionnaires mérite mieux. Ceux qui y sont opposés disposent d’arguments sérieux : indépendance de l’administration, risque de politisation,… Ces arguments – discutables, cela dit – existent et suffisent à nourrir la contestation. Lorsqu’une cause juste s’abrite derrière des comparaisons excessives, elle s’affaiblit elle-même.