Si la défense traite cet épisode séparément, c’est parce qu’elle considère qu’il s’agit d’une séquence distincte. Après la collision initiale, la voiture a parcouru une centaine de mètres avec un gille sur le capot avant de ralentir puis de rouler sur Frédéric D’Andrea. « Il ne lui a laissé aucune chance », soutiennent les parties civiles. Me Discepoli l’admet.

Freinage volontaire ?

Selon l’accusation, Paolo Falzone aurait volontairement freiné afin de faire chuter l’homme qui se trouvait devant son véhicule avant de l’écraser. Me Discepoli invite toutefois les jurés à envisager d’autres hypothèses. « Le dossier ne me permet pas d’avoir des certitudes. Un freinage ? Je ne sais pas. Un ralentissement ? C’est certain. Il y a eu un ralentissement qui a permis le franchissement du corps », plaide-t-il.

Une accélération aurait-elle suivi ? L’expert écarte cette possibilité. « Après un choc d’une telle violence, au cours duquel il a lui-même été blessé, pourquoi aurait-il accéléré ? Je pense qu’il a tenté de maintenir le contrôle du véhicule sans actionner ni le frein ni l’accélérateur », rappelle l’avocat.

La défense demande également aux jurés de se placer dans la situation de l’accusé, qui pourrait avoir été victime d’un effet tunnel. Un témoin a d’ailleurs décrit une voiture « en roue libre ».

La visibilité

Photos à l’appui, Me Discepoli s’est ensuite penché sur la visibilité dont disposait Paolo Falzone après l’impact. Si le pare-brise était entièrement fissuré, il n’était pas totalement brisé. « Affirmer qu’il devait absolument voir ce qui se trouvait devant lui est peut-être aller un peu vite en besogne », avance-t-il.

Le trajet emprunté après les faits a été qualifié d' »illogique » par les experts. La défense nuance cette analyse en rappelant qu’il s’agit d’un itinéraire familier pour l’accusé, qu’il emprunte régulièrement de jour comme de nuit. Elle renvoie également aux conclusions de la reconstitution, selon lesquelles la visibilité à travers le pare-brise était impossible. « Regarder à gauche et à droite par les vitres latérales ? Les enquêteurs estiment que cela reste plausible », souligne l’avocat.

Selon son avocat, Paolo Falzone a été surpris par la présence du cortège sur la route : « Il s’intéresse à sa vitesse, pas aux obstacles »

Paolo Falzone a-t-il vu le gille ? Les experts estiment que tout dépend de la position exacte de la victime. Or, lors de la reconstitution, les témoins ont livré des versions divergentes. Tous ont également signalé que le conducteur avait le visage ensanglanté. « Je n’ai pas trouvé deux témoignages identiques », relève Me Discepoli. Certains laissent penser qu’il a vu le gille, d’autres non. Le doute subsiste.

Quant au ralentissement du véhicule, résulte-t-il d’un freinage volontaire ? Là encore, la défense s’en remet à l’appréciation des jurés. Elle insiste toutefois sur un point : « L’expert ne dit jamais que le franchissement du corps résulte d’une accélération. Jamais. L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’une interruption ou d’une diminution du freinage. « 

Le son

S’appuyant sur la vidéo versée au dossier, Me Discepoli affirme que la réaccélération intervient après le passage sur le corps. Selon Paolo Falzone, il aurait alors entendu des cris derrière lui et cherché à s’éloigner. Une explication jugée crédible par son conseil. « Remettez le son et observez le délai entre le passage du corps et l’arrivée des personnes qui l’insultent. Il ne s’écoule même pas une seconde. Dix-neuf personnes ont déclaré avoir poursuivi le véhicule », rappelle-t-il.

En conclusion, l’avocat soumet trois interrogations aux jurés : ont-ils la certitude que l’accusé pouvait voir devant lui ? Ont-ils la certitude qu’il a vu le gille ? Ont-ils la certitude que le ralentissement résulte d’un freinage volontaire ?

La demande de retenir la préméditation a, enfin, surpris la défense. Plus encore lorsque l’avocat général a rejoint la position défendue par les parties civiles. Sur ce point, le pénaliste n’a pas la même lecture de la jurisprudence que Me Mayence. « La préméditation doit se reposer sur je veux tuer, et rien d’autre ». Si pas d’intention de tuer, pas de préméditation.