Le mariage arrangé des mineurs « a toujours existé en Afghanistan »
Le mariage arrangé des mineurs constitue une réalité qui n’est pas nouvelle en Afghanistan. Firouzeh Nahavandi, sociologue et professeure émérite de l’Université libre de Bruxelles rappelle que « même dans les périodes de modernisation, le mariage d’adultes avec des mineurs a toujours existé ». Selon elle, cette situation est liée à de multiples facteurs. « D’une part, il y a des raisons traditionnelles liées aux coutumes tribales, surtout des Pashtuns. D’autre part, il y a des questions de pauvreté. Lorsque les familles n’arrivent pas à nourrir leurs enfants, ils « vendent » leurs filles pour se débarrasser d’une bouche à nourrir. Ils les « vendent » pour apurer des dettes qu’ils ont contractées. «
Dans la guerre du Pakistan en Afghanistan, les talibans promettent « une réponse forte »
Enfin, des questions de religion entrent aussi en compte. Firouzeh Nahavandi résume : « Ce sont des raisons qui sont liées à l’argent, à la pauvreté et aux coutumes qui sont légalisées par une interprétation de la religion. Il faut éviter les liens entre la religion et ce qui se passe actuellement en Afghanistan. Il y a une part d’interprétation religieuse par des obscurantistes que sont les talibans, mais il y a aussi le patriarcat, la pauvreté, les coutumes… C’est vraiment multifactoriel. Les talibans, depuis leur arrivée en 2021, ont encore durci les lois et sont en train de légaliser le mariage forcé des filles. Ce n’est pas une invention actuelle des talibans sauf qu’ils sont en train de le codifier. Ils codifient également le divorce des enfants à la puberté. «
« De la pédophilie légale »
Des jeunes filles sont donc mariées dès le plus jeune âge avec des hommes souvent bien plus âgés qu’elles. La fondatrice du Centre d’études de la coopération internationale et du développement qualifie cela de « pédophilie légale » : « Quand vous avez une fille de 10 ans qui est mariée à un vieil homme de 50, 60, 70 ans, c’est quelque chose d’inimaginable, c’est de la pédophilie légale ».
Si dans la réalité des faits les mariages arrangés des mineurs existent depuis très longtemps en Afghanistan, le divorce est désormais codifié. Pour résumer, désormais, le silence de l’enfant qui a atteint la puberté équivaut à son consentement. Cependant, le silence de l’enfant est presque inévitable puisqu’il se trouve souvent sous l’emprise de ses parents ou de sa famille de manière générale. « Je vois très mal comment une enfant qui est sous l’emprise de son père peut s’opposer ou se révolter », constate Firouzeh Nahavandi. Si elle veut divorcer, la jeune fille devra invoquer certaines raisons et un juge décidera si cela est possible ou pas. Ainsi, parmi les raisons on retrouve des questions d’éloignement ou de tromperie du mari, mais aussi d’apostasie. Des éléments qui sont très souvent compliqués à prouver par la jeune fille et auxquels le mari peut s’opposer. Firouzeh Nahavandi estime qu' » on a jamais vu ça dans aucun pays. C’est vraiment la situation, je pense, la pire que l’on ait connue dans l’histoire. «
« J’avais l’impression d’être dans un film »: au Pakistan, l’audace de l’insurrection baloutche déstabilise le pouvoirAccès à l’éducation en Afghanistan
En Afghanistan, les filles sont interdites d’éducation, elles sont donc dans une situation particulièrement vulnérable face à leur mari. « Elles ont de moins en moins d’arguments pour pouvoir se battre et donc pouvoir se défendre. Elle ont accès à l’école primaire mais ne peuvent plus poursuivre leurs études, c’est une raison supplémentaire pour les marier de manière précoce », explique Firouzeh Nahavandi.
Dans un pays comme
l’Afghanistan il est assez difficile pour le peuple de se soulever. Il y a tout de même eu des réactions de la part des comités de défense des droits des femmes. « Des femmes ont protesté mais tout cela ne mène malheureusement pas à grand-chose. Même si les ONG, même si au niveau de l’ONU, il y a eu des réactions, aujourd’hui, rien ne semble pouvoir vraiment arrêter les talibans » ajoute la sociologue. Enfin, elle estime que le pays « n’intéresse plus personne ». « On en parle aujourd’hui, on va en parler quelques jours et puis ça sera terminé », regrette Firouzeh Nahavandi.
Les djihadistes menacent de provoquer une guerre entre le Pakistan et l’Afghanistan