Du 1er au 7 juin 2026 se tient la semaine de sensibilisation aux troubles des conduites alimentaires (TCA) organisée par la Fédération française anorexie boulimie. Alors que ces troubles émergent majoritairement à l’adolescence – anorexie, boulimie, hyperphagie boulimique – certains enfants présentent toutefois des difficultés alimentaires dès le plus jeune âge. Parmi eux, un trouble bien spécifique et peu connu du grand public, l’ARFID, acronyme de l’anglais Avoidant restrictive food intake disorder, et en français “troubles restrictifs d’évitement alimentaire”. L’enfant n’absorbe pas suffisamment de nourriture pour répondre à ses besoins nutritionnels (vitamines, minéraux, énergie), sans que cela soit lié à une image corporelle déformée ou à une volonté de perte de poids, comme dans l’anorexie mentale. Il ne s’agit pas non plus de difficultés alimentaires fréquentes dans l’enfance et qui se résolvent le plus souvent spontanément.

L’ARFID a fait son entrée dans le DSM-5 en 2013, ce qui a permis de le reconnaître comme un trouble des conduites alimentaires à part entière. Avant cela, on considérait seulement les enfants atteints comme étant “très difficiles”. Il a ensuite intégré la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11).

Comment reconnaître l’ARFID ?

Les signes qui peuvent orienter vers la piste de l’ARFID chez un enfant :

une prise alimentaire trop réduite ;
une satiété rapide : très vite, il n’a plus faim ;
l’éviction de certains aliments voire de familles entières d’aliments (en fonction de la texture, de la couleur, du goût, de l’odeur, de la cuisson) ;
un petit poids, insuffisant pour l’âge de l’enfant. Toutefois, un enfant de poids normal voire en léger surpoids peut aussi en souffrir ;
une précocité des symptômes : ils apparaissent généralement avant deux ans, souvent lors de la diversification alimentaire ;
une néophobie alimentaire, soit la peur de goûter des aliments nouveaux. On retrouve souvent cette difficulté chez le petit enfant, mais si elle persiste, elle peut entraîner des complications, la sélectivité des aliments et l’impossibilité de changer ses habitudes alimentaires.
la rigidité : les changements d’habitudes alimentaires sont très difficilement tolérables.

Il est important que les professionnels de santé mais aussi – et surtout – les parents et proches prêtent attention à ces signes car plus tôt ces comportements alimentaires atypiques sont détectés, plus les carences alimentaires pourront être prévenues et de saines habitudes alimentaires favorisées.

Comment diagnostiquer l’ARFID ?

On retrouve trois profils dans l’ARFID :

les petits mangeurs qui ne trouvent pas d’intérêt dans la nourriture et sont rapidement rassasiés ;
les enfants qui présentent un profil phobique : ils craignent de vomir ou de s’étouffer ;
les enfants qui présentent une hypersensibilité aux textures, à l’aspect, l’odeur, la température des aliments.

En outre, certaines habitudes comme respirer par la bouche, une position de langue basse, ou encore des difficultés à déglutir ou à mastiquer, peuvent accroître les difficultés et entraîner des conséquences sur la durée des repas ou le choix des textures, par exemple.

Un professionnel de santé peut poser un diagnostic si, en plus des restrictions alimentaires, il observe :

une perte de poids, des carences nutritionnelles et une faible croissance ;
une prise de compléments alimentaires ou une alimentation par sonde ;
un impact significatif sur la vie sociale, famille, scolaire…
que les autres troubles dont l’anorexie mentale et certaines maladies, des pratiques particulières ou l’environnement social ne peuvent expliquer le trouble.

Le traitement doit être adapté à la gravité du problème nutritionnel et peut nécessiter une hospitalisation avec une prise en charge multidisciplinaire (pédiatre, nutritionniste, diététicien, psychologue, orthophoniste). Le rôle des parents est en outre essentiel et un accompagnement par des professionnels de santé est souvent très utile.

A noter : un ARFID peut aussi être observé chez l’adulte, soit parce qu’il n’a pas été diagnostiqué plus tôt, ou parce que celui-ci a vécu une expérience alimentaire traumatisante, comme un étouffement.

Source : Cleveland clinic (https://my.clevelandclinic.org/health/diseases/24869-arfid-avoidant-restrictive-food-intake-disorder), CléPsy (https://www.clepsy.fr/arfid/), AP-HP (https://www.aphp.fr/registre-des-essais-cliniques/troubles-restrictifs-devitement-alimentaire-arfid-ladolescence), Inrae (https://hal.inrae.fr/hal-02627743v1)