Le chamboule-tout, nous y avons tous joué quelque part dans notre enfance. Des boîtes de conserve, une balle puis le plaisir un peu brutal de voir tout s’effondrer d’un seul coup. À l’échelle du Système solaire, il y a peut-être eu un équivalent : un grand chamboule-tout cosmique qui remonte à quelque 4 milliards d’années.
Le saviez-vous ?
Le modèle de Nice a été développé en 2005 à l’observatoire de la Côte d’Azur. L’histoire qu’il raconte, c’est celle de planètes géantes qui ne sont pas nées là où nous les observons, mais qui ont migré vers leur position actuelle au fil du temps. Il apparaît à ce jour comme le scénario de référence.
Les astronomes parlent plus sérieusement d’une période de chaos extrême, une instabilité du modèle de Nice. Durant cette période, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune se seraient croisées, perturbées, voire éjectées. Ce scénario de réorganisation de notre Système solaire est aujourd’hui solide et il explique pas mal de ses caractéristiques actuelles.
Jupiter’s four largest moons were the first moons discovered beyond Earth.
They are called the Galilean satellites after Italian astronomer Galileo Galilei, who is credited with their discovery in 1610. pic.twitter.com/lkxO5wo47x
— Dreams N Science (@dreamsNscience) January 1, 2026Des lunes menacées par un désordre sans nom
Avant que nos planètes géantes se stabilisent finalement dans leurs positions, elles auraient donc été bringuebalées au gré de leurs forces gravitationnelles respectives. Les rencontres rapprochées ont dû être fréquentes. L’idée séduit les astronomes. Mais une question demeure : comment des lunes ont-elles pu survivre à cette instabilité ?

Planète X : tout indique que le Système solaire aurait bien une planète de plus
Un nouveau scénario explique la position actuelle des quatre planètes géantes de notre Système solaire. Des quatre connues. Parce qu’il pourrait bien en exister une cinquième ! Celle que l’on nomme la planète X. Loin, très loin au-delà de l’orbite de Neptune…. Lire la suite
Pour y répondre, des chercheurs de différentes universités des États-Unis ont analysé 122 simulations informatiques de la formation et de l’évolution de notre Système solaire. Toutes reproduisant des caractéristiques clés d’aujourd’hui. Des simulations qui leur ont permis de suivre, au fil de millions d’années, les interactions gravitationnelles complexes entre les planètes, les lunes, le Soleil et les astéroïdes de passage.
PHOTO ABSOLUMENT DINGUE D’URANUS PRISE PAR LE JWST !! ????
On voit 9 de ses 27 lunes et des galaxies en fond, à des millions d’années lumière d’Uranus, qu’elle folie !!!! pic.twitter.com/CKvCMEee0g
— SpaceScience???? (@SpaceScience_) December 18, 2023Le scénario de la planète fantôme
Et dans la revue Icarus, ils confirment les doutes qui planent sur la période de l’instabilité du modèle de Nice : les lunes de Jupiter n’ont survécu à cette période agitée que dans moins de 15 % des simulations, celles d’Uranus, dans environ 9 % des cas. Finalement, les chercheurs n’ont identifié que deux scénarios où les lunes des deux planètes survivaient. Tous les deux incluaient… une géante de glace supplémentaire dans le Système solaire !

Si notre Système solaire cache une planète, voici où elle se trouve
De nombreux indices suggèrent qu’il existe une planète non encore découverte aux confins de notre Système solaire. La « planète 9 ». Et des astronomes proposent aujourd’hui l’estimation la plus précise jamais réalisée de l’endroit où elle pourrait se cacher…. Lire la suite
Remontons à l’heure où notre Système solaire n’avait pas encore un milliard d’années. Dans le scénario le plus probable pointé par l’équipe américaine, donc, non plus quatre, mais bel et bien cinq planètes géantes se partagent l’espace. Pour Uranus, la présence d’une géante glacée de plus est providentielle. Elle lui évite plusieurs contacts rapprochés avec les autres, ce qui sauve ses satellites.
Jupiter, de son côté, aurait frôlé cette planète géante glacée à seulement 7 millions de kilomètres. De quoi l’éjecter… littéralement. Seule, froide, elle dériverait depuis quelque part dans le milieu interstellaire. Pour la plus grande planète du Système solaire, plus de peur que de mal. Des perturbations légères dans les orbites de ses lunes, mais pas assez pour provoquer des collisions, encore moins pour les éjecter dans l’espace.
Le programme Opal (« Outer Planet Atmospheres Legacy ») initié par la Nasa a pour objectif de surveiller l’évolution des planètes extérieures de notre Système solaire : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Et en 10 ans, les données du télescope spatial Hubble sur lesquelles il s’appuie ont permis aux astronomes de mieux comprendre ces géantes lointaines…. Lire la suite
Toutefois, tout ceci reste du domaine du récit, de la simulation. Pour les chercheurs, « il est fort probable qu’aucune des instabilités modélisées ne contienne la séquence précise d’événements nécessaires pour reproduire exactement tous les aspects du Système solaire. » Leurs travaux livrent cependant un indice important quant aux grandes lignes de l’histoire. Et la présence d’une autre planète, aujourd’hui perdue dans le vide, semble bien en faire partie.
