Les chaînes de télévision étaient prêtes. L’après-match ne pouvait que mal se passer, ce serait du gâteau. Leur dispositif était prêt, les équipes de reporters réquisitionnées pour les odyssées dans le chaos, prêtes pour les Abribus défoncés, les feux de poubelle, les voitures incendiées, la police caillassée, les «mortiers» d’artifice, l’invasion barbare. Syndicalistes policiers, présidents de think tanks, chefs de rubrique police, géopoliticiens, avaient coché la date. Leurs récits étaient révisés, démontés et graissés, le grand récit terrifiant des «Français de papier», des jeunes de la «deuxième ou troisième génération», qui n’aiment pas la France, le récit du «conflit de territoires» entre le «chez eux» et le «chez nous, notre pays, notre République», du «cercle de la haine» contre la République, la triste fresque des familles monoparentales, des «mamans complètement dépassées», le débat des peines plancher contre les peines d’intérêt général. Si tout se passait bien, on pourrait tenir plusieurs jours. Jusqu’à une semaine peut-être, si on était tranquilles côté Trump.

Or il se trouva que ce soir-là, loin du déploiement, Mireille, 90 ans, se réfugia au frais dans un magasin. Il faisait chaud. Très chaud. Elle cherchait une pharmacie. Mireille nota bien