Premier volet d’un diptyque doté de l’un des plus gros budgets de l’histoire du cinéma français, cette fresque spectaculaire sortie le 3 juin se concentre sur la figure de Charles de Gaulle entre 1940 et 1942. Une étonnante réussite qui dépoussière le biopic et décrit son héros comme un Don Quichotte aussi flamboyant qu’absurde.
Pourquoi un biopic sur Charles de Gaulle aujourd’hui? D’abord, et aussi surprenant que cela puisse paraître, parce qu’en dehors de téléfilms et de longs métrages peu mémorables, dont un ‘De Gaulle’ avec Lambert Wilson sorti en 2020, aucune production digne de l’importance du général n’a jamais été mise en chantier.
Ensuite, et c’est sans doute la raison la plus commerciale, parce que la société Pathé, après avoir revalorisé les héros de la littérature française pour un public jeune (‘Les trois mousquetaires’, ‘Le comte de Monte-Cristo’), modernise de Gaulle dans un blockbuster spectaculaire qui vise à séduire les adolescents, susceptibles de succomber à ce récit de résistance, de liberté et d’intégrité.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.
Accepter Plus d’info
Une ampleur époustouflante
Basé sur le livre ‘De Gaulle: une certaine idée de la France’, de l’historien anglais Julian Jackson, ‘La bataille de Gaulle’ laissait pourtant craindre un biopic poussiéreux. Au final, on ressort conquis de cette œuvre d’une ampleur époustouflante, soutenue par une mise en scène certes classique, mais suffisamment enlevée et inventive pour éviter tout académisme.
Sur près de deux heures quarante, le cinéaste Antonin Baudry (‘Le chant du loup’) retrace le parcours de De Gaulle, entre 1940 et 1942, de l’exil en Angleterre à la reconquête des territoires d’Afrique du Nord, de l’appel du 18 juin à la bataille dantesque de Bir Hakeim. Avec la volonté de suivre un double combat: celui du général pour sauver la France, en dépit du mépris de Winston Churchill, obnubilé par une alliance avec les Américains, et celui d’un piètre orateur qui se mue en brillant tribun politique.
Une sorte de Don Quichotte un peu gauche, aussi flamboyant qu’absurde, qui oppose aux moulins à vent de l’histoire (en l’occurrence anglais et américains) son patriotisme, ses valeurs inaliénables et ses convictions profondes.
>> A écouter, le débat Vertigo autour du film ‘La bataille de Gaulle – L’âge de fer’ : Film en débat : « La bataille de Gaulle – Lʹâge de fer » dʹAntonin Baudry / Vertigo / 5 min. / mercredi à 17:09 Magistral Simon Abkarian
Tout cela ne serait que théorique sans l’interprétation magistrale de Simon Abkarian, capable à la fois d’imposer la stature du personnage et de le ramener à une échelle plus humaine, avec un humour bienvenu qui s’amuse du caractère parfois ronflant et arrogant de de Gaulle. En désacralisant ainsi le personnage, ‘La bataille de Gaulle’ évite l’hagiographie plombante pour trouver un souffle épique digne d’une superproduction hollywoodienne.
Alors certes, l’accumulation trépidante des épisodes laisse peu de place aux personnages secondaires incarnés, entre autres, par Benoît Magimel, Matthieu Kassovitz, Niels Schneider et le Suisse Kacey Mottet-Klein. Une sous-intrigue, suivant un jeune résistant français prêt à se sacrifier pour l’idéal de de Gaulle, manque un peu de chair même si elle se révèle d’une pertinence irréfutable.
>> A écouter, l’interview de l’acteur Kacey Mottet-Klein pour son rôle dans le film : L’invité du 12h30 – Kacey Mottet-Klein, acteur dans un film biographique sur Charles de Gaulle / L’invité du 12h30 / 10 min. / mercredi à 12:52
Le résultat n’est pas parfait, mais on n’attendait pas tant de ce biopic épatant qui donne une folle envie de voir le second volet, focalisé sur les années 1945-1944.
Rafael Wolf/aq
‘La bataille de Gaulle – L’âge de fer’ d’Antonin Baudry, avec Simon Abkarian, Benoît Magimel, Kacey Mottet-Klein, Matthieu Kassovitz. A voir dans les salles romandes depuis le 3 juin 2026.