Plusieurs études menées par l’Institut nationale de l’assurance maladie-invalidité (Inami) ont montré, il est vrai, qu’un nombre potentiellement important de malades – jusqu’à 25 % selon les échantillons – percevrait indûment leur indemnité. Pour la N-VA, c’est bien le signe que les mutuelles ne font pas leur boulot de contrôle ou qu’elles sont, à tout le moins, trop laxistes.
La N-VA et le CD & V accusent la Constitution d’être un obstacle aux grandes réformesLes corps intermédiaires en question
Ces critiques ne sont pas restées lettres mortes. Il y a une quinzaine de jours, le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), a lancé un vaste chantier visant à réformer le rôle des mutualités dans la gestion de l’assurance-maladie et leur mode de fonctionnement.
Mais ce chantier, aussi vaste soit-il, ne satisfera pas, en tout cas pas totalement, la N-VA. Car, à l’instar des libéraux francophones, les nationalistes flamands ne voient pas pourquoi ces corps intermédiaires peuvent remplir un rôle de service public – gérer l’assurance-maladie – sans bénéficier de la légitimité démocratique pour le faire. Si cela ne tenait qu’à eux, ils leur enlèveraient tout pouvoir de gestion – ce que la réforme de Frank Vandenbroucke tente justement de préserver. Pour la N-VA, il faut retirer aux Mutualités la mission de payer les indemnités de maladie – et aux syndicats, celle de verser des allocations aux chômeurs.
La N-VA a trouvé la recette pour contenir le Vlaams BelangAttaque contre la Mutualité chrétienne
L’action des corps intermédiaires a été au cœur de l’étape de la tournée effectuée par la présidente du parti, Valérie Van Peel, à travers la Flandre, jeudi dernier à Ninove. Dans ce fief du Vlaams Belang, la cheffe de file des nationalistes avait été rejointe sur scène par Matthias Diependaele, le ministre-Président flamand, en guest-star.
Face à leurs militants, les deux dirigeants nationalistes ont raillé leurs partenaires au gouvernement flamand, Vooruit et le CD & V. Ceux-ci, disent-ils, ne peuvent rien décider dans le champ social sans demander l’assentiment de Bert Engelaar, du président de la FGTB – pour le premier – ou de Luc Van Dorp, le président de la Mutualité chrétienne – pour le second. La N-VA, par comparaison, serait libre de ses choix car elle n’appartient à aucun pilier.
Il y avait comme un air de défi dans ces déclarations. Quelques jours auparavant, la ministre flamande CD & V, Hilde Crevits, avait en effet sommé la N-VA de modérer ses attaques contre les corps intermédiaires en général et contre les mutuelles en particulier. « Si la N-VA veut que les gouvernements centristes aient encore un avenir, elle devra aussi faire des efforts dans ce sens, avait-elle déclaré au Tijd. Il n’est pas très utile de s’en prendre aussi fortement à la société civile. »
De toute évidence, cette menace à peine voilée, n’avait pas impressionné le ministre-Président flamand. Au contraire même. selon les propos rapportés par De Standaard, Matthias Diependaele a expressément visé la Mutualité chrétienne, réputée proche du CD & V. « C’est l’association qui ne cesse de nous mettre des bâtons dans les roues », a-t-il avancé.
Le ministre-Président ira jusqu’à inviter ses militants à changer de mutuelle. « Je sais avec certitude que beaucoup d’entre vous sont encore membres de la Mutualité chrétienne, a-t-il professé. Si vous voulez être intelligent, optez pour le Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (VNZ). Vous y serez très bien pris en charge ! »
Un pilier flamingant
Il n’est en soi pas très étonnant de voir un dirigeant de la N-VA faire la promotion d’une institution ancrée dans le mouvement flamand. Mais pour quelqu’un qui clame sous tous les toits sa méfiance à l’égard des corps intermédiaires et de la pilarisation de la société, cette publicité étonne quand même. Elle illustre sans doute les rancœurs que son parti nourrit à l’encontre d’un système politique – celui des piliers – dans lequel il n’a jamais trouvé sa place et lui a rendu la vie difficile.