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Un accord trouvé pour le "démembrement" de SFR en France
ÉÉconomie

Un accord trouvé pour le « démembrement » de SFR en France

  • 7 juin, 2026

guillement

« C’est l’une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur des télécommunications. »

Cette transaction représente « l’une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur des télécommunications », soulignent les entreprises, alors que se profile une reconfiguration inédite du secteur avec un retour à trois opérateurs en France. Si elle est validée, cette concentration interviendrait quatorze ans après l’arrivée de Free Mobile sur le marché français des télécoms.

Un examen approfondi de l’anti-trust

La signature de ce protocole d’accord représente une étape majeure pour le secteur des télécoms français, qui pourrait passer de quatre à trois opérateurs.

L’opération reste soumise à l’examen des autorités de la concurrence et, « à ce stade, il n’y a aucune certitude que cette opération soit réalisée », précisent les groupes dans leur communiqué, dont la première offre de rachat date d’octobre 2025. En cas d’autorisation, la finalisation de la transaction pourrait aboutir au second semestre 2027.

guillement

« Les autorités de la concurrence compétentes (…) auront la responsabilité d’évaluer avec la plus grande rigueur ses conséquences sur le marché, la diversité de l’offre, ainsi que sur l’équilibre concurrentiel. »

« Cette annonce marque une étape majeure et déterminante pour une opération structurante qui concerne l’ensemble du secteur télécom français et européen », a réagi le ministre de l’Économie français, Roland Lescure. « Elle doit désormais faire l’objet d’un examen approfondi par les autorités de la concurrence compétentes, qui auront la responsabilité d’évaluer avec la plus grande rigueur ses conséquences sur le marché, la diversité de l’offre, ainsi que sur l’équilibre concurrentiel », a-t-il ajouté.

Outre les craintes des salariés de SFR, les observateurs du secteur télécom s’attendent à ce qu’un marché réduit à trois opérateurs entraîne une hausse modérée des prix.

Le gros morceau pour Bouygues Telecom

Selon le protocole d’accord, Bouygues Telecom prendra à sa charge 42 % du prix de vente, Free-Iliad 31 % et Orange 27 %, à travers l’acquisition de titres de la société SFR. Chaque acheteur a indiqué, dans un communiqué distinct, avoir sécurisé les financements nécessaires pour réaliser cette transaction inédite.

En matière de répartition des actifs, la filiale du groupe Bouygues décrocherait notamment le segment « B2B » de SFR, c’est-à-dire les offres dédiées aux professionnels, ainsi qu’une partie de ses activités grand public (soit environ 6,4 millions de clients mobiles et fixes).

Free hériterait des quelque 6 millions de clients de l’offre RED by SFR, ainsi que de près de deux millions de clients de son activité grand public, tandis qu’Orange se verrait attribuer environ 4,9 millions de clients.

La transaction n’inclut pas les participations d’Altice France dans les sociétés XP Fibre, UltraEdge et Altice Technical Services, ainsi que les activités du groupe dans les départements et régions d’outre-mer.

Empire Drahi : la dette comme carburant

Milliardaire franco-israélien discret, réputé pour son habileté avec les chiffres et son empire bâti grâce à la dette, Patrick Drahi a connu une ascension fulgurante dans les télécoms, culminant avec le rachat de SFR, dont il s’apprête à se séparer.

Diplômé de Polytechnique, Patrick Drahi (63 ans) a commencé sa carrière chez Philips, puis chez UPC, filiale européenne du groupe américain Liberty Global, avant de se mettre à son compte. Après le rachat de petits câblo-opérateurs régionaux, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable.

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C’est l’acquisition de SFR, pour laquelle il s’est endetté largement, qui le propulse sur le devant de la scène en 2014, après une longue bataille contre le groupe Bouygues.

Dans les mois et années qui suivent, Patrick Drahi développe ses activités à l’international et dans les médias, avec le rachat de Portugal Telecom, puis des câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision. En parallèle, il devient actionnaire de référence du quotidien Libération, rachète une vingtaine d’autres titres, puis reprend RMC et BFMTV.

« Quand il a émis ces dettes, il l’a fait à un moment où il y a eu une sorte d’euphorie sur les marchés », commente auprès de l’AFP un dirigeant français du secteur, qui a souhaité rester anonyme.

Patrick Drahi est connu pour des acquisitions financées via des montages financiers s’apparentant à des LBO (« leverage buy-out »), c’est-à-dire en s’endettant et en comptant sur les futurs revenus de l’entreprise.

Le scandale Pereira

Malgré ses succès, le milliardaire, classé 19e fortune de France avec 7 milliards d’euros en 2025 selon le magazine Challenges, voit son empire se fragiliser à partir de 2023.

Son bras droit et ami de longue date, Armando Pereira, est alors arrêté au Portugal pour des soupçons de corruption. Patrick Drahi se dit alors « trahi et trompé par un petit groupe d’individus ».

Patrick Drahi et Armando Pereira : les fondateurs d’Altice ont bâti un empire, ils s’arrachent aujourd’hui les milliards

À la même période, la dette massive accumulée par le groupe Altice commence à inquiéter, sur fond de remontée des taux d’intérêt.

Pour faire face, le groupe commence une cure d’amaigrissement en cédant plusieurs de ses actifs en France, dont BFM et RMC. Les autres filiales du groupe Altice à l’étranger procèdent également à des cessions.

L’empire Drahi n’est toutefois pas éteint : outre ses activités télécoms à l’international, le milliardaire détient toujours la maison d’enchères Sotheby’s, rachetée en 2019.

Déjà propriétaire de la chaîne de télévision internationale i24 News, basée à Tel-Aviv, l’homme d’affaires a en outre renforcé ses activités en Israël, où il réside, avec un investissement en début d’année dans la chaîne Reshet 13.

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