Le MR perdrait près d’un tiers de ses électeurs en Wallonie et à Bruxelles, selon un sondage RTBF

Comment expliquer la différence de comportement dans les intentions de vote du MR (20 % en Wallonie ; -8 points par rapport aux élections de 2024) et des Engagés (19,3 % ; -0,7), alors que c’est ensemble dans les gouvernements qu’ils prennent des mesures impopulaires ?

La situation des Engagées est en trompe-l’œil. La proportion des électeurs de 2024 qui voteraient encore pour eux n’est pas très élevée. À peine 63 % en Wallonie (et 71 % à Bruxelles, NdlR). Ils perdent un tiers de leurs électeurs, qui vont surtout vers l’indécision et le PS. Mais Les Engagés sont sauvés par les mécontents du MR, qui se tournent vers eux. S’il y avait un autre parti de centre-droit crédible, sans doute que ces électeurs iraient là.

Ce serait donc mal comprendre les résultats du sondage que de croire que Les Engagés ne sont pas sanctionnés par leurs électeurs de 2024 ?

Tout à fait. J’ai lu le message d’une députée des Engagés sur LinkedIn disant que, malgré les caricatures dont Les Engagés feraient l’objet, leurs électeurs leur resteraient fidèles. C’est faux ! C’est fondamentalement faux ce qu’elle dit. Un tiers des électeurs s’en vont, mais c’est compensé par des électeurs du MR, de sorte que le score global est bon.

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« Cette prise de parole a l’air anecdotique, mais qu’un parti héritier de la démocratie chrétienne se définisse comme libéral, c’est une vraie rupture. »

Votre enquête montre aussi que l’électorat des Engagés se dit à présent de centre-droit. Cela marque une évolution.

On voit sur une période longue, entre 2019 et 2026, que l’électorat des Engagés est de plus en plus de centre-droit. Les Engagés s’affirment aujourd’hui comme un parti de centre-droit dans leur positionnement politique, dans leur action au gouvernement et dans le positionnement des électeurs. J’ai entendu des réactions chez Les Engagés qui disaient que la situation actuelle leur convenait mieux car leur nouvel électorat serait plus congruent avec ce que le parti fait réellement.

« Le pire des scénarios pour la démocratie, ce serait qu’il y ait une rupture au MR et que sa frange la plus radicale crée un nouveau parti »

Et Les Engagés ne se cachent même plus pour essayer de prendre des électeurs libéraux au MR. Il y a eu l’arrivée récente du député Michel De Maegd, certes en rupture de ban au MR. Mais on a aussi entendu le président Yvan Verougstraete, le 31 mai, se revendiquer de ce qu’il appelle le « télo-libéralisme » (le libéralisme du sens).

Cette prise de parole a l’air anecdotique, mais qu’un parti héritier de la démocratie chrétienne se définisse comme libéral, c’est effectivement une attaque frontale contre le MR et une modification du positionnement du parti. Il aurait été inimaginable que Joëlle Milquet (ancienne présidente du CDH, prédécesseur des Engagés, NdlR) dise cela. Il y a une vraie rupture. Cela pose aussi une question en vue des élections de 2029. Les Engagés vont-ils rester un parti pivot, comme l’étaient le CDH et le PSC ? C’est-à-dire un parti capable de s’allier une fois avec la gauche, une fois avec la droite. Ou vont-ils s’ancrer comme un parti de centre-droit avec un partenaire privilégié structurel, le MR, même si les circonstances peuvent l’amener à s’allier parfois avec des partis de gauche, mais avec réticence ? Si Les Engagés devaient privilégier structurellement les coalitions de centre-droit plutôt que de centre-gauche, on aurait une vraie modification de la configuration historique du système partisan dans l’espace francophone belge. Notre enquête de 2025 montrait une bipolarisation du paysage politique. Cette bipolarisation est en train de se confirmer.

Pourquoi Michel De Maegd est une recrue de choix pour les Engagés

Comment peut-on comprendre la chute du MR, notamment toutes ces voix qui vont aux Engagés ?

Le MR a réussi en 2024 à occuper un espace politique très large, de la droite très radicale au centre-droit. Ce grand écart devient de plus en plus compliqué. Pour deux raisons. D’une part, il y a une alternative crédible au centre-droit : Les Engagés. Le grand écart est possible quand on occupe seul un espace politique. D’autre part, il y a la communication très forte du président du MR, Georges-Louis Bouchez, notamment sur les enjeux culturels. Ces enjeux ne parlent pas beaucoup à l’électorat de centre-droit, qui est peu inquiet au sujet de l’immigration, qui trouve que tout le débat autour du wokisme est exagéré, qui peut avoir une certaine fibre environnementale, qui n’apprécie pas particulièrement qu’on attaque en permanence la RTBF ou les universités… Enfin, il ne faut pas perdre de vue l’électorat populaire que Bouchez était allé chercher avec la promesse des « 500 euros en plus par mois » ; des gens qui travaillent mais gagnent peu, qui pensaient qu’on allait s’en prendre aux profiteurs, mais sans imaginer que la réforme des pensions toucherait aussi les petites pensions… Ils se disent : « Déjà que maintenant je n’ai pas de pouvoir d’achat, qu’est-ce que ça va être quand j’aurai 67 ans ? » Ce petit pourcentage-là d’électeurs est en train de partir du MR. C’est un électorat volatile, critique de la politique, qui bouge à chaque élection.

MR-Engagés, deux nuances de libéralisme face aux patrons wallons