L’ancienne ministre wallonne n’est pas la seule socialiste francophone à s’inquiéter de la ligne politique suivie par son parti-frère. Entre les deux occupants du Boulevard de l’Empereur, il y a longtemps que la marmite chauffe. Depuis l’entrée au gouvernement fédéral, les divergences entre les deux factions socialistes sont de plus en plus manifestes.
« Crapules »
Le point d’orgue a été atteint vendredi lorsque le président de Vooruit, Conner Rousseau, a déclaré qu’il faudrait envoyer les jeunes « crapules » responsables de la casse lors des manifestations contre le décret-programme dans des camps de redressement.
« Qu’est-ce qu’il reste encore de la gauche », s’est directement interrogé le député fédéral Ridouane Chahid, rappelant que M. Rousseau avait eu par le passé des propos stigmatisants sur les Roms et les habitants de Molenbeek. « Camarades socialistes néerlandophones de Bruxelles, sachez que vous êtes les bienvenu.e.s au PS ! », a embrayé son collègue Khalil Aousti.
« Il devient de plus en plus compliqué de travailler avec Vooruit qui devient trop N-VA compatible », nous développe ce lundi Ridouane Chahid au téléphone. « À mon sens, ils ne défendent plus de valeurs de gauche. Ils défendent d’abord les intérêts flamands avant les intérêts de la gauche. »
Quel bilan en 2029 ?
Plusieurs dossiers sont pointés par les élus. Outre les visites domiciliaires, le PS ne défend pas la même vision sur le pacte de la migration et sur la déchéance de nationalité. Au parlement fédéral, les deux partis ne votent pas pareil. Lorsqu’arriveront les élections – normalement en 2029 -, Vooruit défendra le bilan de son gouvernement tandis que le PS tirera dessus à boulets rouges.
« S’ils restent dans cette logique, ce sera difficile d’encore travailler avec eux », regrette Ridouane Chahid pour qui le mal originel s’est produit lorsque Vooruit a accepté de rejoindre l’Arizona. La proposition de Conner Rousseau d’envoyer les jeunes casseurs dans des « bootkamps » ? « Digne d’une dictature ! »
À quelques jours de l’entrée en vigueur du pacte européen sur l’asile et la migration, la question des visites domiciliaires fracture la famille socialiste comme jamais. Selon Khalil Aouasti, ce projet risque de donner « un ICE à la belge », soit une police de l’immigration aux méthodes violentes.
« Que l’extrême droite pousse ce genre de logique, personne n’en est surpris », flingue Christie Morreale. « Mais que Vooruit, seul parti de gauche de l’Arizona, accepte de laisser passer une loi aussi indigne, c’est une faute politique et morale. »
Vooruit n’est pas du même avis
Du côté des socialistes flamands, par contre, le regard n’est pas du tout le même. « Nous avons toujours beaucoup de respect pour le PS et nous souhaitons continuer à travailler ensemble », assure Oskar Seuntjens, chef de groupe Vooruit à la Chambre. « Si certaines critiques ont été formulées par des élus PS, c’est sans doute aussi parce que notre proposition n’est pas encore connue dans tous ses détails. »
Conner Rousseau travaille actuellement avec des experts afin d’élaborer un plan plus complet et équilibré de l’envoi des jeunes dans des camps de redressement. M. Seuntjens nous précise déjà qu’ils ne sont pas alignés sur la proposition de Theo Francken (N-VA). Le ministre de la Défense a, en effet, proposé d’envoyer les casseurs à l’armée via le programme déjà existant Reboot4You.
En 2025, Conner Rousseau s’en prenait à Ahmed Laaouej
« Lorsqu’une minorité de fauteurs de troubles adopte des comportements qui nuisent à la sécurité ou au vivre-ensemble, c’est toute la société qui en subit les conséquences », poursuit Oskar Seuntjens, pour expliquer la position de son président. « Nous avons la responsabilité d’apporter des réponses efficaces à ces situations. »
Conner Rousseau présentera prochainement une version plus détaillée de son plan, qui permettra d’en comprendre les objectifs, les modalités et les garanties. Il lui faudra, dans le même temps, apporter des réponses convaincantes aux élus PS s’il souhaite que les deux membres du Parti socialiste européen (PES) puissent continuer à collaborer.