Dans cette étude, les fichiers d’impôts canadiens (les formulaires T1), conçus à l’origine à des fins administratives, sont devenus des outils scientifiques pertinents. En les combinant avec des données de recensement, l’équipe de recherche a réussi à reconstruire des liens familiaux entre enfants, parents et grands-parents – même si tous ne vivent pas sous le même toit. 

Cette approche a permis de dépasser la vision classique du ménage, souvent limitée aux personnes partageant une même résidence. Selon Solène Lardoux, elle ouvre la porte à une analyse plus fine des relations multigénérationnelles, notamment dans un contexte où les familles sont de plus en plus dispersées géographiquement. 

Ces avancées reposent toutefois sur un échantillon restreint: seulement 20 % des déclarations fiscales sont accessibles aux équipes de recherche dans le respect de stricts protocoles de confidentialité. Cette contrainte réduit ainsi la capacité à observer l’ensemble des liens familiaux, en particulier les fratries complètes ou les réseaux élargis. 

Peu de mobilité sociale 

Dans un pays comme le Canada, doté de programmes sociaux et de systèmes d’aide aux études, on pourrait s’attendre à une plus grande égalité des chances, dit Solène Lardoux. Pourtant, les résultats de l’étude montrent que les écarts demeurent marqués, surtout aux extrêmes. 

Les jeunes issus des milieux les plus défavorisés rencontrent encore des obstacles importants pour accéder aux études universitaires. Et même lorsque les grands-parents disposent de revenus élevés, un faible niveau de revenu ou de scolarité chez les parents continuerait de freiner les trajectoires scolaires. 

«On observe que la mobilité sociale pourrait être surestimée lorsqu’on se limite à deux générations. De fait, les “cycles” semblent se maintenir sur plusieurs générations, ce qui laisse supposer une transmission plus continue des inégalités sociales», estime la chercheuse. 

Briser des cycles d’inégalités 

Aux yeux de Solène Lardoux, cette étude met en lumière la limite des politiques actuelles à compenser les désavantages accumulés au sein des familles. Si la démographie décrit avant tout les phénomènes, la professeure propose tout de même des pistes de solution.  

Une idée centrale semble se dégager: réduire la dépendance des trajectoires éducatives aux ressources familiales. Cela voudrait ainsi dire d’améliorer l’accompagnement des jeunes issus de milieux défavorisés et d’accroître les programmes de bourses et les politiques visant à soutenir plus directement l’accès aux études postsecondaires.