De 50 000 à 4 000 euros en quelques dizaines d’années

Notre interlocutrice, par ailleurs membre de l’association belge des experts, prend encore l’exemple des chambres à coucher complètes, qui se négociaient autour de l’équivalent de 3 000 euros dans les années 90. « C’est aujourd’hui invendable, explique-t-elle. Si j’ai quelque chose, je le vends pour l’exportation. Cette fameuse chambre à 3 000 euros, je la laisse à 150 ou 200 euros à un marchand qui ira la vendre en Pologne, pays dont je suis originaire… En clair, tous les vieux meubles de la fin du XIXe siècle (Louis-Philippe, Napoléon III…), c’est mort. Parfois, certaines personnes sont en recherche, notamment pour meubler des gîtes dans nos campagnes. Elles vont chez Troc, chez les Petits Riens, sur les brocantes ou sur des sites tels Marketplace ou 2emain. Ce qui était hors prix pour certains petits ou moyens revenus voici 40 ans, coûte 50 euros désormais… Et ce n’est pas juste les meubles pour Monsieur et Madame Tout-le-monde. Dernièrement, dans une salle de vente liégeoise, je tombe sur une salle à manger Valentini, célèbre ébéniste liégeois de la fin XIXe, début XXe. Je crois qu’elle est partie pour 3 000 ou 4 000 euros. Voici 30 ou 40 ans, les gens se battaient pour l’avoir. Elle se vendait aux alentours de 50 000 euros. Deux millions d’anciens francs belges… »

« Les meubles lourds et volumineux, c’est fini »

Question qui tombe sous le sens: pourquoi cette perte de valeur, cette dégringolade des prix ? Qu’est-ce qui justifie des décotes allant jusqu’à 90% ? La réponse fuse:  » le désintérêt des gens qui ne veulent plus de ces meubles, tout simplement ».

« Ils sont passés à autre chose: un dressing, des armoires et des bureaux Ikea… Pour eux, c’est surtout plus pratique. La mode du mobilier de papy-mamy, les meubles lourds et volumineux, c’est fini. Celles et ceux qui veulent encore de beaux meubles anciens se tournent vers l’Art déco, le design des années 50 et 60, notamment italien, le style scandinave simple. La marqueterie, style parisien avec des moulures de bronze, a également encore de l’attrait, tout comme les styles Louis XV ou Régence. Mettre un petit meuble comme cela dans une pièce moderne est très beau… »

Petite note positive pour terminer: la mode se conjuguant souvent par cycles, peut-on espérer revoir ces anciens meubles en haut de l’affiche ? »Pour le moment, on assiste à un léger frémissement autour du mobilier gothique, médiéval, alors qu’on n’en parlait plus depuis longtemps. Pour les meubles en bois dont on vient de parler, ceux que nous ont légués papy et mamy, on risque de devoir attendre encore un petit temps, genre deux générations à mon avis. Si vous avez de la place pour en entreposer sur le long terme… »

5 meubles sous la loupe de notre experteUn bureau des années 50.Un bureau des années 50.Un bureau des années 50. ©EdA Eric Verschueren

« Voici un bureau qui doit dater des années 50. Il a une belle apparence, avec une double porte. À mon sens, si vous êtes vendeur, il peut être négocié. Mais plusieurs choses font que vous n’en tirerez pas énormément: il est assez volumineux alors que les gens sont très souvent limités en place. Pour ce genre de meuble, les acheteurs préfèrent des choses plus modernes et, surtout, du plus fonctionnelles par rapport aux ordinateurs, passages de câbles… »

Verdict: 150 euros

Une commode en merisier.Une commode en merisier.Une commode en merisier. ©EdA Eric Verschueren

« Cette commode en merisier ou noyer clair était à la mode à la fin des années 90, début 2000. Sur base de la photo, je dirais qu’elle est en merisier, voire en noyer clair. C’est du style Louis-Philippe, avec cette corniche. Elle est démontable et semble être de qualité. Mais aucun marchand ne vous achètera cela. Les particuliers ? Oui, peut-être. Mais les amateurs pour un meuble de ce gabarit sont devenus fort rares. Même à vil prix. »

Verdict: 90 à 120 euros

Un guéridon ancien.Un guéridon ancien.Un guéridon ancien. ©EdA Eric Verschueren

« Un guéridon, à savoir une table avec un pied central. Vous me montrez des meubles courants, pas chers en fait. Celui-ci est en plus un peu abîmé, avec un pied légèrement tordu, semble-t-il. C’est un meuble datant de la fin du XIXe siècle, style Louis-Philippe, voire Napoléon III. Malgré l’ancienneté, c’est déjà un meuble fait en série. Il ne s’agit pas d’un meuble unique, signé par un ébéniste. Vous n’en tirerez pas grand-chose si vous cherchez à le vendre. »

Verdict: 50 euros

Une table rustique.Une table rustique.Une table rustique. ©EdA Eric Verschueren

« Voici une table rustique Louis-Philippe. Ce n’est pas une table »Pays de Herve »car les pieds ne sont pas carrés. Il y a une bonne vingtaine d’années, on pouvait mettre jusqu’à mille euros pour ce genre de meuble pouvant accueillir huit convives de manière confortable. Aujourd’hui, les choses ont changé. Elle pourrait juste attirer des personnes devant garnir des gîtes à la campagne. Mais ceux-ci ne mettront jamais beaucoup d’argent pour ce genre de table. »

Verdict: 100 à 150 euros

Un secrétaire en chêne.Un secrétaire en chêne.Un secrétaire en chêne. ©EdA Eric Verschueren

« Un beau secrétaire en chêne clair, toujours style Louis-Philippe. Un battant rabattable, recouvert d’un tissu vert sur lequel nos grands-parents écrivaient leurs lettres. Comme pour les exemples précédents, on se retrouve face au même problème: téléphonez à un brocanteur pour le lui proposer et il vous dira non ou vous demandera si vous avez d’autres choses à vendre, genre du Val Saint-Lambert, des bijoux. À nouveau une grosse décote. »

Verdict: 90 à 120 euros