Ils considèrent également que la mort du gille Frédéric D’Andrea constitue un meurtre prémédité. Concernant Antonino Falzone, son passager, ils demandent sa condamnation pour non-assistance à personne en danger.

La défense de Paolo Falzone, représentée par Me Frank Discepoli, conteste toute intention homicide. Elle soutient qu’il s’agit d’un accident de la route relevant d’homicides involontaires et de blessures involontaires. Me Fabrice Guttadauria a quant à lui plaidé l’acquittement d’Antonino Falzone.

Répliques cinglantes

Mardi, Me Jean-Philippe Mayence, pour les parties civiles, a répliqué aux arguments de la défense. Il a d’abord dénoncé l’image d’un accusé présenté comme incapable de comprendre ou de répondre à certaines questions, ainsi que l’idée selon laquelle il subirait aujourd’hui une « mort sociale ». Avec Me Elena D’Agristina, il a souligné les nombreuses contradictions dans les déclarations de Paolo Falzone, lequel a toujours défendu la thèse de l’accident.

Civil party lawyer Elena d'Agristina pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 09 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURCivil party lawyer Elena d'Agristina pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 09 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURElena d’Agristina insiste : ce n’est pas un accident. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Selon Me Mayence, les faits dépassent largement le cadre d’un simple accident de circulation. Il rappelle que plusieurs magistrats ont estimé que les éléments du dossier justifiaient un procès devant la cour d’assises. S’appuyant sur la jurisprudence de la Cour de cassation, il affirme que l’intention homicide doit être évaluée à travers l’ensemble du comportement de l’accusé, avant, pendant et après les faits.

Pas de surprise

Il rejette également la thèse de la surprise avancée par la défense. Paolo Falzone a reconnu avoir aperçu le cortège environ 250 mètres avant l’impact. Pour Me Mayence, il ne peut donc prétendre avoir été surpris. Il souligne que le véritable freinage d’urgence n’est intervenu qu’une seconde avant la collision et que, selon les experts, la majeure partie du ralentissement ne correspondait pas à une manœuvre d’urgence. À ses yeux, l’accident était évitable.

Homicide involontaire à Écaussinnes : Un homme décède sept mois après sa chute et l’auteur présumé confesse l’avoir repoussé

Les parties civiles insistent aussi sur l’attitude de l’accusé après l’impact. Elles soutiennent qu’il a poursuivi sa trajectoire à travers la foule en sachant parfaitement ce qui se passait devant lui. Selon elles, la visibilité était bonne et Paolo Falzone a lui-même déclaré avoir vu la route en permanence. Elles estiment même qu’il a accéléré après avoir roulé sur le corps d’une victime, Vito Cascarano, ce qui exclurait toute simple négligence.

L’assassinat du gille

La mort du gille Frédéric D’Andrea constitue un autre point central. Après la première collision, celui-ci est resté sur le capot du véhicule pendant environ vingt-deux secondes avant de tomber puis d’être écrasé. La défense affirme que le pare-brise endommagé empêchait Paolo Falzone de le voir. Me Mayence rejette cet argument, rappelant que l’accusé a reconnu voir la route et même certains éléments précis de son environnement. Selon lui, il est impossible qu’il n’ait ni vu ni entendu la victime. L’expert a par ailleurs conclu que l’écrasement résultait du freinage effectué par l’accusé.

Pour les parties civiles, ces vingt-deux secondes démontrent l’existence d’une réflexion suffisante pour caractériser la préméditation. Paolo Falzone aurait eu le choix entre s’arrêter pour sauver Frédéric D’Andrea ou poursuivre sa route. En décidant de freiner de manière à le faire tomber, il aurait délibérément choisi la seconde option.

Antonino

Enfin, Me Mayence s’est montré très critique envers Antonino Falzone. Il estime que les souffrances psychologiques qu’il évoque ne peuvent être comparées à celles des victimes et de leurs proches. Selon lui, ni dans la voiture ni après les faits, Antonino n’a manifesté de véritable préoccupation pour les blessés.

Pour les parties civiles, l’ensemble des actes posés par les deux hommes forme une suite cohérente de choix conscients et exclut définitivement l’hypothèse d’un simple accident. « Seuls les gens qui ne sont jamais venus dans cette salle d’audience pensent encore que c’est un accident », insiste Me Mayence.

Les inexactitudes de la défense, selon Me De Beco

Me Dimitri De Beco critique la défense, l’accusant d’avoir semé la confusion avec des références à d’autres affaires et des interprétations juridiques qu’il juge inadaptées. Selon lui, les définitions légales sont claires et doivent être appliquées aux faits.

Il soutient que Paolo Falzone a délibérément pris un risque majeur dans l’espace public, jouant à la roulette russe avec la vie des gens.

L’avocat souligne aussi que Vito Cascarano a été projeté à 27 mètres du point d’impact avant d’être écrasé par la BMW, estimant que le drame aurait pu être évité si Falzone avait freiné immédiatement et n’avait pas traversé la foule.

Civil party lawyer Dimitri De Beco gestures during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 02 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURCivil party lawyer Dimitri De Beco gestures during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Tuesday 02 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURDimitri De Beco a enfoncé le clou. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Me Discepoli a déclaré que le nombre de morts ne reflétait pas l’intention. « Non, c’est vrai, c’est l’intention qui a défini le nombre de morts », répond Me De Beco lequel estime également que le meurtre de Frédéric D’Andrea a été prémédité.

Enfin, en réponse à l’argument selon lequel le nombre de victimes ne prouve pas l’intention, De Beco affirme que c’est justement l’intention qui a conduit à ce bilan et considère également que le meurtre de Frédéric D’Andrea était prémédité. « Le droit et les faits vous imposent de répondre oui aux questions », conclut-il.

En roue libre

Me David Gelay a également mis en avant les conclusions de l’expertise automobile. Selon lui, Paolo Falzone n’a pas freiné immédiatement après l’impact et a poursuivi sa course en roue libre avant d’accélérer à nouveau. « Il blesse et il tue encore », a plaidé l’avocat, rappelant que quinze témoins ont affirmé avoir vu le véhicule reprendre de la vitesse après la collision.

L’avocat s’est aussi appuyé sur le témoignage du convoyeur, qui a rapporté que Paolo Falzone avait continué son chemin après les faits tout en répétant qu’il allait aller en prison.

Accused Paolo Falzone, Accused Antonino Falzone and Civil party lawyer David Gelay pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 01 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started.
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURAccused Paolo Falzone, Accused Antonino Falzone and Civil party lawyer David Gelay pictured during the trial of P. and A. Falzone, at the Court of Appeal of Mons, on Monday 01 June 2026. The trial of the two men concerns the 2022 tragedy in Strepy-Bracquegnies, where a car plowed into a carnival parade around 5:00. Six people died at the scene, and a seventh months later in the hospital. P. Falzone is charged with seven murder and 81 attempted murder. A. Falzone with failure to render aid to a person in danger. This is the fifth week of this extraordinary trial, the pleadings started.
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOURMe Gelay a répliqué à son tour.
BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR ©Belgaimage

Me Gelay a par ailleurs reproché à la défense d’avoir tenu des propos contradictoires par rapport aux premières déclarations de son client. Il a accusé Paolo Falzone d’avoir multiplié les versions des faits et les mensonges depuis le début de l’enquête.

Il a contesté l’argument selon lequel l’accusé ne pouvait plus voir correctement à travers son pare-brise après l’impact. Selon lui, un témoin qui traversait la rue Aubry a aperçu Paolo Falzone à l’intérieur du véhicule et a indiqué qu’il avait du sang sur le visage, ce qui tendrait à démontrer qu’il était visible et en mesure de voir à travers le pare-brise.

Enfin, il retient qu’Antonino Falzone a entendu Salvatore Imperiale émettre des râles dans l’auto, « preuve qu’il était vivant et qu’il ne l’a pas aidé ».