Pas un accident
Mardi, Gilles Dupuis est revenu sur l’intention d’homicide. « J’ai été frappé par le fait que la défense se focalisait sur l’intention au moment de l’impact, alors que l’accusation et les parties civiles adoptent une vision plus large », a-t-il expliqué.
Pour le magistrat, qualifier les faits de crimes volontaires ne revient pas à transformer chaque accident mortel en affaire d’assises. « Les tribunaux de police ne vont pas fermer leurs portes », a-t-il lancé, rappelant que d’autres dossiers de circulation ont déjà été jugés devant une cour d’assises en raison de leur caractère volontaire. Il souligne également que le parquet de Mons a récemment requis le renvoi aux assises d’un automobiliste ayant mortellement fauché un cycliste.
« Paolo Falzone a franchi une ligne rouge qui nous empêche de retenir la thèse de l’accident », estime-t-il.
Il regardait la route
Le premier avocat général insiste sur plusieurs éléments du dossier. Selon lui, l’accusé roulait à une vitesse excessive depuis plusieurs kilomètres et se filmait au volant pour alimenter ses réseaux sociaux. Un élément qui n’était pas connu du juge d’instruction au moment de son inculpation.
« Il est faux de prétendre que Paolo Falzone regardait la voie publique. C’est l’expert qui l’affirme. Il a choisi de continuer à filmer plutôt que de freiner à fond. L’homicide était prévisible dans le cours normal des événements », soutient-il.
L’accusation relève également que l’automobiliste a accéléré alors qu’il circulait déjà au milieu de la foule. « Il n’avait pas l’intention de s’arrêter mais bien de s’éloigner, sans se préoccuper du sort des victimes », affirme le magistrat.
Parmi les autres éléments à charge figurent notamment l’activation du mode sport du véhicule et une vitesse évaluée à près de trois fois la limite autorisée.
L’assassinat du gille
Concernant Frédéric D’Andrea, Gilles Dupuis rejoint l’analyse des parties civiles. Selon lui, le gille était parfaitement visible et audible, tandis que sa chute imposait un arrêt immédiat du véhicule. Huit témoins ont déclaré avoir entendu l’apertintaille, cette ceinture garnie de grelots portée par les Gilles.
« Il n’existe toujours aucune raison de s’arrêter à cet endroit, sauf si c’est pour faire tomber le gille », a-t-il soutenu.
Le représentant du ministère public considère dès lors que le crime était prémédité. « Dans cette situation, Paolo Falzone a disposé de 22 secondes pour prendre une décision de sang-froid », a-t-il déclaré.
À propos des 81 tentatives de meurtre retenues par l’accusation, Gilles Dupuis réfute toute exagération. « Mon office n’a pas travaillé à la grosse louche », a-t-il affirmé.
Selon lui, 46 personnes ont été blessées lors du passage de la voiture dans la rue des Canadiens, tandis que 33 autres se sont retrouvées exposées à un risque mortel.
Fifa en péril grave
Enfin, concernant Antonino Falzone, le premier avocat général maintient que Salvatore Imperiale agonisait bien dans l’habitacle du véhicule avant de succomber à ses blessures.
« Une intervention rapide était nécessaire pour les six victimes dont le décès n’a pas été instantané. Quant aux blessés, Fifa Ricotta se trouvait dans une situation de péril grave et n’a reçu aucune aide », a-t-il souligné.
Le magistrat rejoint ainsi les propos tenus par le frère de Frédéric D’Andrea au cours du procès : « Si cette prévention n’est pas retenue, autant la supprimer du Code pénal. «
Alors que la défense d’Antonino avait qualifié la position de l’avocat général de « surréaliste », il répond qu’elle est cohérente.