« Évidemment, ils savaient que je suis journaliste. Ils savaient que je suis très critique vis-à-vis du pouvoir du président Félix Tshisekedi », poursuit le journaliste dont la tête avait même été mise à prix, quelque temps avant l’agression, pour 4 millions de dollars par le ministre de la Justice congolaise de l’époque, Constant Mutamba. Ce garde des Sceaux congolais avait, à plusieurs reprises, affirmé que le journaliste était un soutien et même un membre de la rébellion de l’AFC/M23 qui sévit dans l’est de la RDC. Des accusations jamais étayées.
Chasse à l’homme
Aujourd’hui, grâce à l’enquête, on sait que les quatre agresseurs ont quitté Schaerbeek en direction de Waterloo, avant de rebrousser chemin subitement et de suivre le véhicule de leur cible.
« Ce qui est très inquiétant, explique M. Luwara, c’est qu’ils semblent connaître mes faits et gestes très rapidement. S’ils n’arrivent pas à Waterloo, c’est parce que je suis parti vers Woluwe-Saint-Pierre avant de prendre la route pour Tirlemont. Clairement, je suis suivi. Ma voiture a été inspectée par vos services. Ils n’ont pas trouvé de mouchard. Je ne cache pas que je suis très inquiet ». Une inquiétude d’autant plus compréhensible que le 24 avril dernier, le journaliste a été victime d’une nouvelle agression, à Louvain-la-Neuve, avec le même modus operandi.
La tête de deux journalistes congolais mise à prix
Un homme s’est jeté sur lui alors qu’il s’apprêtait à ouvrir sa voiture. M. Luwara s’est débattu et est parvenu à ameuter des passants dans la ville universitaire. La voiture a été décrite avec précision. Un témoin a pris note de la plaque d’immatriculation luxembourgeoise. « Comme pour la première agression, il s’agit d’un véhicule volé équipé de fausses plaques », explique une personne proche du dossier. « La voiture est au laboratoire. Les policiers tentent de relever tous les indices possibles », ajoute le journaliste qui pendant des mois a multiplié les émissions très critiques, voire frondeuses et irrévérencieuses, à l’égard du régime du président congolais Félix Tshisekedi.
Motif politique
Le juge de la 43e Chambre correctionnelle explique dans son jugement que « les faits sont gravissimes » et que « les prévenus ne paraissent pas en prendre conscience », il ajoute qu' » ils ne pouvaient ignorer les motifs politiques » de leur mission qui avait été « planifiée » et « financée ».
Avec l’évocation claire de ce « motif politique » pour l’agression d’un opposant sur le territoire belge, le message au pouvoir en place à Kinshasa est limpide : la répression transnationale n’a pas sa place en Belgique. Notre pays ne peut être le terrain des règlements de compte manigancés par un pouvoir congolais toujours soutenu à bout de bras par notre gouvernement dans son ensemble. Une attitude de plus en plus incompréhensible, voire schizophrène, alors que les opposants congolais sont de plus en plus nombreux à bénéficier du droit d’asile dans notre pays au vu des risques qu’ils encourent dans leur pays.
« Kinshasa ne peut pas exporter sa violence en Belgique », explique Me Alexis Deswaef, l’avocat de Pero Luwara. « Le message de votre justice est fort. J’espère que Maxime Prévot, votre ministre des Affaires étrangères, convoquera l’ambassadeur congolais pour lui faire passer le message », ajoute le journaliste.