Du côté de l’Union Royale Belge de foot (URBSFA), on assume le message. « Beaucoup de clubs de foot le font. Anderlecht le fait depuis des années. C’est par respect et par politesse qu’on fait ça », réagit David Steegen, porte-parole des Diables Rouges. « On le fait pour Noël et le Ramadan parce que c’est très compliqué de tout célébrer. Il y a beaucoup de religions. On se tient à ceux deux fêtes car beaucoup de joueurs sont de ces confessions-là et en Belgique aussi. »

« Difficile de faire pire », « moderne », « un truc affreux », « ça ouvre l’esprit »… : sur la Grand-Place, la nouvelle crèche divise les BruxelloisDébats au sein de l’équipe

L’Union belge comprend que la publication fasse réagir d’autant que ça a fait débat au sein de l’équipe. « En interne, on en a beaucoup discuté, il y a des pour et des contre. C’est un vrai débat sociétal et toutes les questions que les internautes se posent, les joueurs se les sont posées aussi », précise David Steegen.

D’ailleurs, la veille de la publication, le joueur Thomas Meunier a souhaité un bon Carême sur X le 18 février. « On aurait dû aussi souhaiter un bon Carême, on a compris la leçon », admet David Steegen qui assure que la publication des Diables partait d’une bonne intention sans volonté de créer une polémique.

Thomas MeunierThomas MeunierThomas Meunier ©Capture d’écran

Certains internautes s’interrogent également sur la pertinence d’un tel message par l’équipe nationale de foot. « Une équipe nationale n’est pas un porte-voix communautaire. Elle représente tous les Belges. Quand vous choisissez un camp, vous excluez le reste. Le maillot national n’appartient ni à une religion, ni à une origine, ni à une idéologie. Restez neutres. Ou assumez de ne plus représenter toute la nation », a réagi sur Facebook la libérale Mélissa Amirkhizy.

Mais l’Union estime ne pas être sortie de son rôle et bien représenter la Belgique. « C’est une occasion manquée. Le Carême et le Ramadan sont des pratiques religieuses qui visent à faire un pas de côté, à se questionner, à se dépasser, à valoriser le pardon, l’amour et la solidarité. Parvenir à faire ce lien en souhaitant un bon Carême et un bon Ramadan a du sens car Dans l’esprit même du sport, les valeurs défendues sont très similaires : la diversité, l’équité et la persévérance », commente Brigitte Maréchal, sociologue des religions (UCLouvain).

Instrumentalisation du religieux ?

Toute la polémique illustre, comme avec la crèche de Noël à la Grand’Place, la tension qui règne encore autour des symboles et rites religieux. « Pour un certain nombre de personnes, la gestion de la diversité interne a du mal à être acceptée. De plus, l’équipe nationale a un rôle symbolique de représentation, d’identité nationale. La question du religieux qui a une certaine connotation dans un contexte polarisé où l’islam fait l’objet de polémique est souvent instrumentalisée. Une expression de bienveillance, dès lors qu’elle a cette connotation islamique est susceptible de créer des tensions », analyse Brigitte Maréchal.

Dès qu’on touche aux symboles religieux, une crispation identitaire se manifeste dans une société toujours plus sécularisée et individualiste. « On est dans une situation très complexe. Ce ne sont pas nécessairement les plus fervents catholiques qui se manifestent. Ceux qui témoignent un attachement très fort à ces signes religieux sans en saisir réellement le message, vont à l’encontre des valeurs d’ouverture et d’amour du prochain en les défendant ainsi », développe la sociologue. « Et le pluralisme religieux contemporain est souvent choisi comme un argument par une frange laïque radicale pour parvenir à ne pas privilégier quelques expressions religieuses qu’il soit. »

Elle estime que le pluralisme religieux est intrumentalisé pour évincer les regards alternatifs. « En voulant évincer toute forme de visibilité de croyance, on veut absolument neutraliser l’ensemble de l’espace public », conclut Brigitte Maréchal. « Qui est perdant ? Nos démocraties et la capacité à développer des formes de tolérance pour aller de l’avant. »