La moitié des électeurs francophones (51 % précisément) ont en effet posé un autre choix en 2024 qu’en 2019, alors que seulement un sur trois (35 %) avait changé de parti entre 2014 et 2019. À l’inverse, 37 % des électeurs flamands ont basculé vers un autre parti en 2024, contre 44 % en 2019. « Le résultat de ces deux mouvements opposés réside en une configuration inédite, où la volatilité du corps électoral francophone dépasse celle de son homologue flamand », pointent les auteurs de l’étude du Crisp.
Écolo « s’effondre littéralement » auprès des nouveaux électeurs. Alors qu’il avait récolté 42 % des voix des primo-votants en 2019, il n’en a convaincu que 3 % en 2024.
Il est intéressant de constater que la volatilité de l’électorat francophone et la stabilité de celui en Flandre se confirment dans les différents sondages publiés depuis les élections. Aussi, les intentions de vote en faveur des partis flamands sont-elles assez proches des résultats de 2024, selon une enquête de l’ULB et l’Université d’Anvers (UA) publiée la semaine dernière par la RTBF. Par contre, des mouvements significatifs sont observés dans le paysage politique francophone, tels que la première place du PTB à Bruxelles, le regain de forme du PS en Wallonie mais pas du tout en Région bruxelloise, et l’écrasement du MR partout.
Le MR perdrait près d’un tiers de ses électeurs en Wallonie et à Bruxelles, selon un sondage RTBFÉchanges entre MR et Engagés
L’étude du Crisp décortique par ailleurs ces transferts de voix entre partis. On peut en retenir quelques éléments marquants.
Si d’importants transferts s’opèrent entre le PS et le PTB en faveur de ce dernier, les deux partis de gauche ont laissé filer en 2024 un nombre significatif d’électeurs vers… la formation d’extrême droite Chez Nous. Le PS a aussi perdu beaucoup d’électeurs au profit du MR et des Engagés, expliquant en bonne partie la victoire de la droite et du centre aux dernières élections.
Le parti Défi, pratiquement rayé de la carte politique wallonne et très affaibli à Bruxelles, a été siphonné par le MR (surtout) et Les Engagés (dans une moindre mesure). Les échanges de voix ont aussi été nombreux entre MR et Engagés, mais largement au profit des seconds – une tendance qui d’ailleurs se confirme, et même s’amplifie, dans l’enquête d’opinion de l’ULB et de l’UA.
« La situation des Engagés est en trompe-l’œil, ils sont sauvés par les mécontents du MR »
Le MR doit surtout sa première place en Wallonie et à Bruxelles « aux voix qu’il conquiert dans la gauche de l’électorat », mais aussi auprès des petits partis, dont Défi (et des partis de droite radicale ou extrême, selon d’autres études), « ainsi qu’à la remobilisation » de citoyens qui n’avaient pas voté aux précédentes élections.
Les primo-votants boudent Écolo
En Flandre, les principaux transferts de voix s’opèrent entre la N-VA et le Vlaams Belang (VB), largement en faveur du second. Le parti d’extrême droite prend peu aux autres formations. Ses bons résultats s’expliquent aussi par la mobilisation d’électeurs précédemment abstentionnistes. La N-VA, elle, a siphonné l’Open VLD (devenu Anders).
Une autre évolution concerne les jeunes électeurs votant pour la première fois. Avec ce double constat. D’une part, « en Belgique francophone, près de quatre primo-votants sur dix ne participent pas au scrutin […]. Ce taux élevé est largement attribuable à la Région bruxelloise ». D’autre part, Écolo « s’effondre littéralement » auprès de ces nouveaux électeurs, lit-on dans l’étude du Crisp. Alors que les écologistes avaient très bien « performé » en 2019, récoltant 42 % des voix des primo-votants, ils n’en ont convaincu que… 3 % en 2024.
Les partis qui ont le plus séduit cette tranche de l’électorat lors des dernières élections sont, dans l’ordre, le PS (18,3 %) et le MR (17,5 %) au coude-à-coude, suivis des Engagés (11,5 %). « Ces chiffres confirment, une fois de plus, le statut de sismographe de la politique belge qu’ont les primo-votants, en tant qu’ils amplifient globalement les tendances électorales générales », concluent les chercheurs.