Au moment d’écrire ces lignes, le juge des libertés et de la détention, devant lequel Patrick Bruel est arrivé bras croisés, l’air fatigué, cerné, n’avait pas encore statué sur le sort réservé à l’artiste. Les quatre juges d’instructions qui l’ont auditionné dans la soirée, avec trois heures de retard sur l’horaire annoncé, avaient demandé son placement sous contrôle judiciaire. Mais dans la matinée, on avait appris que le parquet, lui, avait requis son placement en détention. Ce dernier avait pris le soin d’activer un mécanisme particulier en droit français : la saisine directe. Ce faisant, il forçait le juge des libertés et de la détention de se saisir du dossier, quelle que soit la décision des juges d’instruction ayant auditionné Patrick Bruel, tout en lui laissant le soin de décider si oui ou non le chanteur devait passer par la case prison.

Affaire Patrick Bruel: le chanteur dit « très bien » se souvenir de sa venue à Bruxelles en 2010Les avocats des plaignantes se félicitent

Si neuf plaintes ont été retenues, les magistrats devront également se pencher sur plusieurs autres accusations plus anciennes. Treize autres procédures ont été jointes au dossier. Elles concernent des faits présumés de viols, tentatives de viol, agressions sexuelles et harcèlement sexuel qui auraient été commis entre 1992 et 2008. Selon le parquet, ceux-ci sont « apparus couverts par la prescription à ce stade ». En joignant ces procédures au dossier, cela doit « permettre aux juges d’instruction de vérifier si la prescription est effectivement acquise et de connaître globalement les faits reprochés à Patrick Bruel », a également fait savoir le parquet.

On a aussi appris ce mercredi que le parquet de Paris s’était dessaisi de plusieurs plaintes au profit de celui de Nanterre. Parmi elles figure celle déposée par Flavie Flament, désormais intégrée à la procédure centralisée. « C’est une vraie première victoire judiciaire pour les victimes. J’ai évidemment une pensée particulière pour Daniela Elstner, qui a été la première dans cette nouvelle procédure à avoir courageusement ouvert la voie et grâce à qui cette procédure en est là », a déclaré au Parisien Me Jade Dousselin, avocate de Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance, avant l’audition de Patrick Bruel par les non pas trois mais finalement quatre juges d’instruction désormais dédiés au dossier.

Sur BFMTV, Me Carine Durrieu Diebolt s’est félicité des réquisitions du procureur. « C’est un signal fort lancé aux victimes ».

Quant à Me Iris Biehler, qui défend une plaignante dénonçant des faits remontant à 2019, elle estime que le parquet a « pris la mesure de la gravité et de la multitude des faits ainsi que d’un éventuel risque de renouvellement et de pressions sur les victimes ou les témoins ».

Affaire Patrick Bruel : le parquet a déposé une « saisine directe » pour demander la détention provisoire du chanteur« Je ne l’ai jamais agressée »

Interrogé durant de longues heures sur l’ensemble du dossier durant sa garde à vue, l’interprète de « Qui a le droit » aurait nié en bloc tout ce qui lui est reproché, notamment toute infraction à l’égard de Karine Viseur. « Je me souviens très bien de ma venue à Bruxelles et de la discussion qui s’en est suivie avec cette femme. Mais je ne l’ai jamais agressée », aurait-il assuré, rapportent nos confrères de TF1-LCI.

Selon le média français, le chanteur et son équipe de défense se seraient présentés avec plusieurs classeurs contenant des témoignages étayant la défense de l’artiste, sans qu’on sache spécifiquement si ceux-ci concernent le dossier Karine Viseur. Des échanges entre Patrick Bruel et certaines plaignantes, ainsi que des éléments provenant de son entourage, auraient également été déposés comme pièces matérielles, a indiqué une source à TF1-LCI.

Patrick Bruel se serait aussi exprimé sur plusieurs faits joints à la procédure mais qui seraient, à ce stade, prescrits en droit. Il aurait indiqué « ne pas avoir de souvenirs clairs » concernant ces dossiers, qui remonteraient à la période comprise entre 1992 et 2008.

Quelles suites pour Patrick Bruel ?

Plusieurs scénarios restent possibles alors que le chanteur était présenté devant le juge des libertés et de la détention. Ce dernier pouvait suivre les réquisitions du parquet et ordonner le placement en détention provisoire du chanteur. Une éventualité que Patrick Bruel n’aurait pas envisagée, selon l’un de ses proches interrogé par BFMTV. « S’il part en prison – même quelques jours – il va probablement le vivre avec humiliation », a-t-il confié.

Il pouvait aussi privilégier une mesure alternative à la prison, comme un placement sous bracelet électronique et une assignation à résidence. Il pouvait également opter pour le contrôle judiciaire tel que demandé par les juges d’instruction ayant auditionné Patrick Bruel. Dans ce cas, l’artiste resterait libre mais devrait respecter une série d’obligations fixées par la justice.