Il faut dire que le contexte de cette fin de rencontre entre Rochefort et Virton était particulièrement tendu. Quelques instants après le coup de sifflet final, une altercation avait éclaté entre des joueurs et des membres des staffs des deux équipes. La situation avait rapidement dégénéré en échauffourée générale, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre et du service de sécurité pour séparer les protagonistes et rétablir le calme. C’est dans cette atmosphère électrique que Willy Prignon avait été repéré sur la pelouse par les policiers présents sur le terrain.
Initialement, le SPF Intérieur lui avait infligé une interdiction de stade de 27 mois ainsi qu’une amende de 1.250 euros. Saisi d’un recours, le tribunal a toutefois estimé qu’une circonstance atténuante devait être retenue, Willy Prignon n’étant « pas connu pour d’autres incidents ». La sanction a donc été ramenée à 24 mois et 1.000 euros.
Le principal intéressé ne conteste pas sa présence sur la pelouse. En revanche, il continue d’affirmer qu’il avait reçu l’autorisation d’un steward. « Je savais parfaitement qu’on ne peut pas monter sur un terrain. Si je l’ai fait, c’est parce qu’un steward m’a ouvert la porte et m’a laissé passer. S’il m’avait dit de rester dans la zone neutre, j’y serais resté. J’ai l’impression qu’on me traite comme un casseur », assure-t-il.
guillement
Ce que je regrette, c’est de ne jamais avoir pu m’exprimer de vive voix pour expliquer ce qu’il s’est réellement passé.
Plus encore que la sanction elle-même, le supporter dit avoir mal vécu la procédure. « Ce que je regrette, c’est de ne jamais avoir pu m’exprimer de vive voix pour expliquer ce qu’il s’est réellement passé. J’ai envoyé une défense de trois pages, mais j’ai eu l’impression de ne jamais être entendu. »
Selon lui, ce sentiment s’est encore renforcé récemment lors de la dernière audience devant le tribunal. « Mon avocat a pu plaider, l’avocate de la partie adverse aussi, mais moi, je n’ai jamais eu l’occasion de prendre la parole. À la fin, on m’a simplement dit merci et au revoir. J’aurais voulu pouvoir expliquer personnellement les circonstances des faits », regrette-t-il.
Une décision difficile à accepter pour celui qui suit l’Excelsior Virton depuis des années et qui s’est fait connaître grâce à ses directs sur Facebook. Sa page, suivie par plusieurs milliers de passionnés du football gaumais, est née presque par hasard. « Au départ, ma fille m’a montré comment filmer avec mon téléphone. Des personnes qui ne pouvaient pas venir au stade m’ont dit qu’elles appréciaient de pouvoir suivre les matches. C’est comme ça que tout a commencé », raconte-t-il.
guillement
Je ne gagne pas un euro avec ça. Mon objectif a toujours été de faire vivre l’actualité de Virton et de promouvoir le club.
Au fil des saisons, sa page est devenue une source d’informations pour de nombreux supporters. « Mais je ne gagne pas un euro avec ça. Mon objectif a toujours été de faire vivre l’actualité de Virton et de promouvoir le club. Je veux que cela reste un espace respectueux entre supporters. »
Aujourd’hui, Willy Prignon assure qu’il continuera à alimenter sa page malgré son interdiction de stade. Mais il reconnaît que l’éloignement forcé des tribunes sera difficile à vivre. « Je viens au foot à Virton depuis l’âge de 6 ans. J’en ai aujourd’hui 44 et je n’ai jamais eu le moindre problème avec personne », insiste-t-il.
Le supporter gaumais estime que la sanction ne tient pas compte de son parcours. « J’ai l’impression qu’on me traite comme quelqu’un de dangereux alors que je voulais simplement filmer la fin d’un match. »
guillement
J’ai l’impression qu’on me traite comme quelqu’un de dangereux alors que je voulais simplement filmer la fin d’un match.
Alors qu’il ne peut désormais plus faire appel de la décision, une maigre consolation demeure toutefois pour celui qui ne manquait quasiment aucun déplacement de l’Excelsior. Grâce à la montée du club en Challenger Pro League, les rencontres seront désormais retransmises en direct à la télévision. « Heureusement qu’on est monté. Au moins, je pourrai encore suivre les matches à la télévision. Si on était restés en D1 FFA, cela aurait été beaucoup plus compliqué », confie-t-il.
Même s’il continuera à publier des informations sur sa page Facebook, Willy Prignon admet que celle-ci « n’aura plus la même saveur » sans les directs et les vidéos réalisés depuis les tribunes. « Ça fait mal. Quand on suit un club depuis aussi longtemps, être privé de stade pendant deux ans, c’est énorme. Ce qui me plaisait, c’était d’être au plus près de l’actualité du club et de la partager avec les supporters qui ne pouvaient pas se déplacer. »