Je ne sais pas si je me suis moi-même considérée comme une enfant difficile, un jour. Par contre, on m’a appelée comme ça à plusieurs reprises quand j’étais jeune et ça m’a marquée. J’avais envie que ce deuxième album porte ce nom. C’est une expression qui a façonné la jeune femme que je suis devenue. Il n’y a pas longtemps encore, j’étais très peu confiante, j’avais souvent besoin de validation extérieure et je pense que c’est lié au fait d’avoir été cataloguée d’enfant difficile ou turbulente. J’avais cette envie de posséder à nouveau mon histoire, de ne plus avoir honte de qui je suis et de qui j’ai été.
C’est une forme de revendication ?
Je m’approprie cette expression car je veux lui enlever sa connotation négative. Aujourd’hui, je suis fière de mon parcours, de mon histoire, de la petite Mentissa qui a été turbulente parce que c’est elle qui a permis que je sois là.
Comment décririez-vous votre évolution musicale entre vos deux albums ?
J’apprends à me connaître de plus en plus musicalement, et aussi dans le vocabulaire que je choisis. J’ai voulu explorer d’autres genres. Je savais que je voulais un côté plus pop, c’est ce que je consomme, Sabrina Carpenter, Gracie Abrams… Je n’ai pas réfléchi à une stratégie, je me suis juste écoutée musicalement et au niveau des sujets. Cet album est très personnel car tout était très instinctif pendant la création.
Ce côté pop, il sommeillait en vous depuis toujours ?
Dans le premier album, je suggérais cette envie mais c’était encore un peu timide. Dans le deuxième, j’avais envie de m’éclater. J’avais plutôt intérêt à faire un album que je serai heureuse et fière de défendre sur scène, car je serai seule à pouvoir le faire. Je suis fière car je me suis écoutée. Je voulais revendiquer la liberté d’être qui je suis : une femme noire qui fait de la pop. Mes références ne sont pas celles qu’on pourrait croire. On peut être une artiste noire, s’identifier à des artistes blanches et l’inverse aussi. Il faut arrêter de vouloir coller des genres à des artistes. Si demain j’ai envie de faire du rock ou de l’opéra, j’en ferai. C’est ce qui est beau dans la musique. C’est l’une des formes d’art les plus libres.
Dans quel état d’esprit vous sentez-vous, à l’idée de sortir votre deuxième opus ?
Il y a tout un mythe autour du deuxième album. Avant de commencer à le composer, j’avais peur parce qu’on a l’idée qu’il doit être vraiment bien, même mieux que le premier. Et petit à petit, au fil de l’écriture, j’ai lâché prise. Chaque chanson raconte quelque chose que j’avais envie de raconter, a du sens. Je me découvre aussi à travers la création de cet album. En ce sens, il est une réussite. J’espère qu’il trouvera son public, mais je ne me mets pas trop la pression par rapport à ça.
Comment avez-vous su que c’était le moment d’aborder des sujets si personnels ?
Ça s’est fait naturellement. En studio, on commence par quelques accords et puis ils me font penser à quelque chose que j’ai vécu, une histoire que j’ai entendue. L’histoire se crée au fil de la chanson. Les chansons très personnelles que j’ai écrites, elles sont venues comme ça sur le moment, comme une illumination. “La fille de ma mère” est la seule chanson que j’ai écrite seule dans une chambre d’hôtel.
Quel message global souhaitez-vous véhiculer à travers cet album ?
Je souhaite dire à toutes les personnes qui vivent une enfance difficile, parce qu’elles ne rentrent pas dans le moule, de ne pas perdre espoir. Rien n’est perdu. Tout peut avoir l’air un peu fatal, on a l’impression qu’on ne va jamais en sortir et en fait si, on s’en sort.
Comment la petite Mentissa est-elle intervenue dans la création de l’album ?
Elle est venue s’immiscer très tôt dans le processus de création. Je sentais cette petite moi qui n’avait pas raconté sa version de l’histoire, qui voulait qu’on lui tende la main. La chanson “Les enfants difficiles”, c’est pour la petite moi. Je lui ai donné beaucoup d’amour grâce à cet album, et donc à moi aussi par la même occasion. Il restera toujours une part de la petite Mentissa. Je suis encore elle, et je veux qu’elle fasse partie de moi pour toujours.
Pensez-vous que vos fans vous connaîtront mieux après l’écoute des Enfants difficiles ?
J’ai l’impression de me mettre à nu, c’est vertigineux car je dis des choses très personnelles. J’ai ressenti de la peur. Et c’est parce que j’ai ressenti cette peur que j’ai su qu’il fallait continuer, parce que je touchais à quelque chose de vrai, et que ça touchera les gens. On a besoin de se connecter les uns aux autres, de s’identifier. C’est pour ça que je n’ai pas hésité à dire des choses de manière frontale et moins métaphorique.
Cette façon d’écrire, plus brute, c’était naturel pour vous ?
J’adore écrire de manière métaphorique, comme dans la chanson “Comme un loup”. Je devais raconter ça comme une histoire d’enfant. Le reste est très frontal, c’est ce que je suis en train de devenir. Je veux que les gens se sentent proches de moi et je pense que ça va leur parler.
Qu’avez-vous ressenti au moment de livrer des textes si personnels ?
Je suis très pudique, je n’aime pas parler de moi. Et paradoxalement, je raconte tout dans mes chansons. Avant, j’avais des secrets qui étaient lourds à porter, mais c’étaient les miens. Et une fois qu’on les chante, ils ne sont plus secrets. Je suis parfois un peu nostalgique de cette époque, mais je pense que toutes ces choses ne sont pas là pour rien, c’est que j’étais destinée à le faire.
Était-ce plus facile d’aborder ces sujets en chanson ?
La musique adoucit tout, même des mots qui peuvent être un peu violents. C’est mille fois plus facile de se confier sur des choses qui nous font mal en musique. Quand je chante, j’ai l’impression d’être une super-héroïne et c’est plus facile, je me sens moins jugée que si je parlais.
Votre maman est votre premier soutien. Quelle a été sa réaction ?
Elle m’a envoyé un long message en disant qu’elle est fière de moi, qu’elle m’aime et qu’elle a pris conscience d’à quel point j’ai été affectée et malheureuse à certains moments. Ça a permis de libérer la parole sur certains sujets. Ça a agi comme une thérapie mère-fille.
Vous vous décrivez comme une maniaque du contrôle. Comment gérez-vous ce trait de votre personnalité en tant qu’artiste ?
Je fais un travail sur moi en ce moment pour lâcher prise. Ça me faisait peur au début de passer pour ce que je ne suis pas. Aujourd’hui, je me dis que je m’en fiche. Les gens qui m’aiment savent qui je suis, et il y en aura toujours pour critiquer. Ce n’est pas en voulant rentrer dans le moule que ces personnes vont m’aimer. Je commence à me défaire de mes peurs.
Dans “La chanson d’amour”, vous évoquez une relation discrète, presque secrète. C’est une qualité importante pour vous ?
Je n’ai jamais étalé mes histoires, et notamment ma relation. Je suis depuis longtemps avec une personne que j’aime et ça se passe bien. Ce que j’essaie d’expliquer, c’est que j’ai peur d’écrire des chansons d’amour, parce que j’ai peur d’attirer le mauvais œil. Vivons cachés, vivons heureux. Je trouvais ça marrant d’écrire une chanson sur le fait que je n’arrive pas à écrire de chanson d’amour, et finalement c’en est une.
Lors de vos concerts et dans vos clips, vous vous mettez en scène. C’est un exercice qui vous plaît ?
Oui, et cela m’aide beaucoup dans mon rapport au corps. Quand je suis toute seule sur scène, les gens me regardent et je suis obligée de lâcher prise sur ce que je n’aime pas trop. Il y a encore du boulot parce que je sens que je suis parfois encore en retrait sur scène, et que je n’ose pas me lâcher complètement. Avoir écrit un deuxième album comme celui-là va m’aider dans ce sens. J’ai encore ce truc de vouloir avoir une belle esthétique et parfois ce n’est pas ça qui galvanise. Je veux me connecter aux gens et ça peut se faire par la maladresse.
À quoi doivent s’attendre les spectateurs de vos futurs concerts ?
C’est la nouvelle ère. On commence à construire le concert, on réfléchit à plein de choses et j’ai le luxe de pouvoir choisir les titres que j’interpréterai. Les gens vont voir que j’ai changé psychologiquement. Ce ne sera plus la même Mentissa sur scène, c’est une Mentissa libérée et j’ai hâte de présenter cette version de moi au public.
Enfants difficiles, le deuxième album de Mentissa, est disponible dès ce vendredi 12 juin 2026. Mentissa sera présente au festival LaSemo (Enghien) le 11 juillet prochain ainsi qu’aux Solidarités (Namur) le 5 septembre. Son concert au Cirque Royal (Bruxelles) est prévu le 15 octobre 2026.