« La société Auctim a été mandatée pour vendre aux enchères le fonds de commerce de la brasserie en démantèlement. Cette vente devrait être finalisée d’ici un mois. L’immeuble sera ainsi vidé », précise l’homme chargé de valoriser les actifs de l’entreprise au bénéfice des créanciers. Ligne d’embouteillage, étiqueteuse, cuves, appareils d’analyse, tout est déjà référencé. Les enchères débutent le 23 juin.

Trois millions d’euros investis

Pour Gembloux.Beer, le rêve aura tourné court. Si l’aventure était belle, à l’arrivée, il sera difficile de ne pas en garder l’image d’un immense gâchis.

Lancé en 2019, le projet était on ne peut plus séduisant. L’idée ? Rapatrier en terre gembloutoise la production de la bière de l’abbaye de Gembloux. Un breuvage créé par un professeur et des étudiants de Gembloux Agro-Bio Tech en 1980. Un morceau de patrimoine en soi. Un marqueur identitaire pour des générations d’étudiants.

D’ailleurs, c’est en grande partie cette communauté qui s’est mobilisée à l’époque pour concrétiser le projet. Autour de la coopérative Agro Gembloux Invest ; de l’AIGx, l’Association royale des ingénieurs de Gembloux et de l’AG, plusieurs investisseurs institutionnels avaient embarqué dans l’aventure. Parmi eux, Noshaq, Namur Invest et Gesval, société de valorisation de l’ULiège, sans oublier l’essentiel soutien de partenaires bancaires.

Au total, près de trois millions d’euros ont été investis dans cette brasserie entrée en production en 2023. L’outil avait été dimensionné pour produire jusqu’à 5000 hectolitres par an. Il n’a jamais atteint de tels volumes de production.

Car rapidement, les problèmes financiers se sont présentés. Le business plan de départ était nettement trop ambitieux. Les surcoûts du chantier et des erreurs de gestion ont, eux aussi, contribué à faire plonger les finances de la jeune structure dans le rouge. À cela s’est ajouté un contexte particulièrement difficile pour le secteur des brasseries artisanales et des difficultés techniques de production.

Au 31 décembre 2023, le compte de résultat se soldait par une perte de l’exercice de 481 059,14 €.

Un gouffre impossible à combler

Fin 2024, la brasserie est placée en procédure de réorganisation judiciaire par le tribunal de l’entreprise, dans la perspective de lui permettre de négocier un plan d’apurement avec ses créanciers.

Les différents investisseurs institutionnels quittent alors l’aventure. Le conseil d’administration est renouvelé. La politique commerciale est entièrement revue. Des initiatives sont prises pour augmenter le volume de production, mais aussi pour lever quelque 500 000 € notamment en augmentant la base de coopérateurs. Pendant des mois, la nouvelle équipe dirigeante multiplie les efforts pour sauver l’entreprise.

Malgré les résultats encourageants obtenus, la faillite ne peut être évitée. Elle intervient fin novembre 2025. Comme nous le confiait alors Philippe Maesen, le vice-président du conseil d’administration de la brasserie gembloutoise, le gouffre était trop grand à combler. « On pouvait faire les business plans dans tous les sens, jamais on ne pouvait assumer les investissements colossaux du départ. Et d’ajouter : Les délais des créanciers étaient trop courts et, même en réétalant la dette, cela restait impossible. »

Dans un geste désespéré, le CA espérait encore récolter quelques centaines de milliers d’euros « pour entamer la discussion avec le curateur et faire en sorte que l’histoire ne s’arrête pas maintenant ».

On sait désormais que ces discussions ont eu lieu, mais que c’est l’incertitude pesant sur le bâtiment qui en a scellé l’issue.

La bière de l’abbaye de Gembloux, elle, ne disparaît pas. Propriété des étudiants, elle a repris la route. Elle est à nouveau brassée à façon loin des murs de la faculté.