« Si la tendance observée durant les trois précédentes vagues d’exclusions (NdlR : janvier, mars et avril) se confirme, il y aura dès le mois prochain près de 500 bénéficiaires du RI supplémentaires dont le coût ne sera plus compensé à 100 % mais à 85 %. L’augmentation de la population dépassera donc les 30 % en six mois, avec une facture considérable pour les habitants de Charleroi. »

Ardoise salée

Philippe Van Cau en a chiffré l’impact : il dépassera 2,5 millions d’euros en 2026. D’après les chiffres communiqués par l’Onem, 4 985 chômeurs complets de longue durée ont perdu leurs droits aux allocations à Charleroi depuis le début de l’année.

Parmi eux, 1 281 ne se sont pas présentés au CPAS pour obtenir un revenu, soit 26 %. Ce sont ainsi 3 704 situations individuelles qui ont dû être examinées. Comme 950 refus ont été notifiés, 2 754 demandeurs ont été admis à l’octroi d’un revenu d’intégration – trois quarts des dossiers instruits. Cela correspond à 55 % des 4 985 chômeurs qui ont perdu leurs droits.

Philippe Van Cauwenberghe, président du CPAS de Charleroi.Philippe Van Cauwenberghe, président du CPAS de Charleroi.Philippe Van Cauwenberghe, président du CPAS de Charleroi. ©ALBIN

« Chez nous, on est donc bien au-delà de l’estimation de 33 % de nouveaux bénéficiaires annoncée par le gouvernement fédéral » constate le président du CPAS de Charleroi. Il prévient : « Cela aura un impact considérable sur les finances locales dans les prochaines années vu la diminution de la compensation fédérale pour le remboursement du revenu d’intégration (90 % en 2027, 80 en 2028, 75 % à partir de 2029). »

Réforme

La réforme du chômage a déjà une répercussion budgétaire en 2026, puisque les revenus d’intégration des exclus des allocations d’insertion ne sont pas compensés. « À Charleroi, nous en avons identifié 381. Il en va de même pour les exclus indirects, au nombre de 148. Dans la grande majorité des cas, il s’agit de personnes appartenant à des ménages ayant bénéficié de deux revenus d’intégration au taux cohabitant. Si le RI accordé au chef de famille a été compensé, celui de son conjoint ne l’a par contre pas été », remarque-t-il.

Cette réalité s’inscrit dans un contexte de réduction généralisée des subsides et dotations. Pour exemple, Philippe Van Cau évoque la suppression du fonds Participation et Action Sociale qui contribuait à la lutte contre la précarité infantile. « La crainte est que la réforme des aides pour l’emploi (APE) vienne fragiliser les effectifs de notre institution, et donc l’accompagnement des bénéficiaires. »

L’analyse du secrétaire fédéral de la FGTB de Charleroi Sud Hainaut va dans le même sens. Vincent Pestieau dénonce un climat d’inquiétude généralisée.

Montée des peurs

« L’incertitude qu’entretiennent les gouvernements sur les politiques à moyen et long terme favorise un ralentissement de l’économie. Le marché de l’emploi est en récession. Les entreprises ont stoppé les recrutements et commencent même à désengager », observe-t-il.

« Et comme le financement du secteur de l’insertion socioprofessionnelle est soumis à des évaluations de résultats, les opérateurs se concentrent sur les usagers les moins éloignés du travail. Les autres sont sacrifiés et vont s’enfoncer dans la précarisation. »

Moins d’emplois durables, moins de formations à l’emploi, c’est un accroissement de la pauvreté qui pénalise essentiellement les grands pôles urbains, selon le président du CPAS de Charleroi. Philippe Van Cau en est convaincu : « L’exclusion des chômeurs en fin de droits n’a pas pour objectif de stimuler une hausse du taux d’activité en Wallonie par un retour au travail massif. Le but, c’est un transfert de charges fédérales sur les Régions et les Communes, et donc un affaiblissement de la Wallonie par rapport à la Flandre. Le programme de la NVA de Bart de Wever. »

Réforme du chômage et record de faillites : que révèle le rapport 2025 de l’ONEM ?