Ayvaz Çolakoğlu

12 Juin 2026•Mise à jour: 12 Juin 2026

Une quarantaine de cas de dermatophilose humaine, une nouvelle infection cutanée probablement transmissible par voie sexuelle, détectés en France.

Une bactérie habituellement réservée aux animaux provoque depuis plusieurs mois un cluster inhabituel d’infections cutanées chez des hommes en France, principalement à Lyon.

Selon une enquête épidémiologique publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases, la transmission interhumaine, facilitée par des contacts peau à peau dans des environnements chauds et humides comme les saunas, est fortement suspectée.

La dermatophilose humaine, causée par la bactérie Dermatophilus congolensis, était jusqu’à présent extrêmement rare chez l’homme.

Cette zoonose touche principalement les animaux (chevaux, bovins, ovins) dans les régions tropicales ou humides. Les cas humains étaient exceptionnels et survenaient presque toujours après un contact direct avec un animal infecté.

Selon le Dr Maxime Bonjour, médecin au pôle maladies infectieuses et tropicales du CHU de Lyon, environ une quarantaine de cas ont été identifiés en France à ce jour, dont un peu moins de 30 à Lyon. D’autres patients ont été signalés à Paris, Grenoble, Saint-Étienne, Annonay et dans d’autres villes.

Des cas similaires ont également été détectés en Espagne (notamment à Barcelone) et en Allemagne, suggérant une circulation européenne au sein de réseaux sexuels.

L’enquête française, dirigée par le Dr Matthieu Degreze et ses collègues du CHU de Lyon, a détaillé neuf cas initiaux chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Sept des neuf patients lyonnais avaient fréquenté le même sauna gay dans les jours ou semaines précédant l’apparition des symptômes.

Un autre patient a rapporté de multiples partenaires dans des saunas parisiens. Les analyses génétiques montrent que les souches de bactéries sont très proches, ce qui plaide fortement en faveur d’une transmission récente entre humains au sein de ces réseaux.

Les lésions se manifestent principalement par des rougeurs, des papules, des croûtes et des éruptions cutanées, souvent localisées au niveau des zones génitales, des cuisses, de l’aine, parfois de la barbe ou de la région anale.

Les démangeaisons sont fréquentes, mais la douleur reste généralement modérée.

L’infection répond bien aux antibiotiques classiques (comme l’amoxicilline). Tous les patients traités ont guéri sans complications.

Un mode de transmission inédit« Il n’y a pas de preuve à 100 %, mais tous les faisceaux d’indices tendent à dire qu’il y a eu au moins une transmission sexuelle. Ce serait en tout cas la première fois que des articles scientifiques documentent des infections interhumaines avec cette bactérie », explique le Dr Maxime Bonjour.

La chaleur et l’humidité des saunas semblent favoriser la survie et la transmission de la bactérie via des contacts peau à peau prolongés. Ce mode de transmission rappelle celui d’autres IST bactériennes, même si Dermatophilus congolensis n’était pas considéré jusqu’ici comme un pathogène sexuellement transmissible.

Les autorités sanitaires et les cliniciens sont en alerte. Les hommes présentant des lésions cutanées inhabituelles après des contacts intimes, particulièrement en contexte de sauna ou de partenaires multiples, sont invités à consulter rapidement un médecin ou une clinique des infections sexuellement transmissibles.

Cette émergence souligne une nouvelle fois la capacité de certaines bactéries animales à s’adapter et à circuler chez l’homme dans des conditions spécifiques.