Dans ses œuvres, Danielle Péan Le Roux évoque le peuple taupe – parfois appelé peuple des tunnels –, qu’elle a découvert dans des documentaires. Elle qui est  particulièrement sensible à la détresse de ces milliers de personnes, oubliées, laissées-pour-compte a pensé à ces milliers d’humains vivant dans des galeries souterraines, de l’autre côté de la terre, en sous-sol, quand le thème a été choisi par le collectif.

Elle précise : Le peuple taupe de New York est composé de marginaux, à l’espérance de vie limitée – alcool, drogue, violence. Celui de Las Vegas est constitué de personnes qui se sont ruinées dans les casinos, et se retrouvent à l’opposé de ce qui est en surface, dans le dénuement, le noir total.

La profondeur du noir, gris, blanc

Pour traiter ce sujet, Danielle Péan Le Roux a fait des captures d’écran des images filmées, symboliques, les a imprimées sur un papier Japon et retravaillées avec du fusain, de l’encre de Chine ; une broderie au fil de soie très noir sur organdi clair anoblit l’ensemble, dominé par le noir, le gris, le blanc.

Ces « taupes » qui constituent un « peuple » invisibilisé survivent de l’autre côté de l’humanité. L’artiste a retenu une grille frontière, à travers laquelle quelqu’un essaie de regarder ; le métro passe, quelqu’un fait un feu de camp ; une femme a construit un abri de fortune et déposé du bris de verre autour de sa cabane, pour entendre quelqu’un arriver.

 Cette humanité disparaît de la vue et de la vie, c’est bouleversant. Ces gens, en danger, sont sans cesse en éveil, sur le qui-vive. J’ai voulu magnifier ces gens fracassés qui sont au ban de la société, leur donner une place, les faire exister à travers la broderie notamment.

Une maison d’édition

Danielle Péan Le Roux a appris la broderie et la dentelle aux fuseaux, une passion et un besoin. Certaines œuvres sont simplement épinglées au mur, d’autres posées sur un support en zinc à l’aspect brut, coupant, naturellement gris, reposant sur des parpaings.

Elle est également éditrice. Sa maison d’édition, L’œil de la méduse, publie des livres d’artistes. Dans De père en fille du fer au fil, ouvrage très personnel de photographies, elle établit la filiation entre les structures métalliques des constructions auxquelles a participé son père métallurgiste, et ses créations en dentelle aux fuseaux en fil de lin ou fils de métal, dessinant les constructions.

Jusqu’au mardi 16 juin, tous les jours, de 10 h 30 à 12 h 30 et de 16 h à 19 h, à la Maison du patrimoine. Entrée libre.