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Une telle montée en puissance nécessite des investissements considérables. Et justement, le 12 juin prochain, Space X fera son entrée en Bourse, avec une valorisation estimée à 1.750 milliards de dollars. De quoi fournir au groupe les ressources nécessaires pour financer leurs ambitions spatiales.

Pour soutenir cette cadence inédite, Elon Musk compte sur Starship, son lanceur géant. Toutefois, ce projet soulève des questions quant à l’empreinte environnementale d’un programme reposant sur plusieurs dizaines de lancements quotidiens.

Et le choix d’utiliser Starship dans cette opération pourrait bien être stratégique. Contrairement aux Falcon 9, qui utilisent du kérosène, Starship fonctionne au méthane. « En matière de pollution, le méthane est moins problématique que le kérosène, mais il ne faut pas oublier que sa combustion produit malgré tout du CO2 », explique Grégor Rauw astrophysicien à l’ULiège.

L’origine de ce méthane est déterminante : « Si le méthane provient de ressources fossiles, son impact climatique reste important. En revanche, s’il est synthétisé à partir de CO2 capté dans l’atmosphère, on se rapproche d’un cycle plus neutre. Mais connaissant Elon Musk, j’imagine que son méthane ne vient pas de sources neutres », ajoute-t-il.

SpaceX annule un vol test de Starship, nouveau revers pour la mégafusée du milliardaire MuskUn impact encore marginal mais plus pour longtemps

Aujourd’hui, les activités spatiales ne représentent qu’une part infime des émissions mondiales de gaz à effet de serre, notamment en comparaison aux milliers d’avions qui décollent chaque jour.

Mais selon l’astrophysicien, cette situation pourrait changer : « Actuellement, la contribution du secteur spatial au réchauffement climatique reste relativement faible. Mais si l’on passe à plusieurs dizaines de lancements par jour, cette source d’émissions deviendra forcément plus importante. »

Pour autant, l’astrophysicien ne considère pas les émissions de CO2 comme la principale source d’inquiétude : « Ce qui me préoccupe davantage, ce sont les conséquences de l’accumulation d’objets en orbite. Tout ce qu’on envoie là-haut, finira par retomber. »

Une augmentation massive du nombre de lancements entraînerait mécaniquement une hausse du nombre de débris en orbite, rendant leur gestion plus complexe : « Les débris spatiaux se déplacent à environ huit kilomètres par seconde », rappelle Grégor Rauw. « À de telles vitesses, le moindre impact peut provoquer des dégâts considérables. Il faut donc connaître leur position avec une précision extrême afin d’éviter les collisions. »

« Une quantité impressionnante de lanceurs à produire »

L’impact écologique ne se limite pas qu’aux lancements. La fabrication des fusées représente aussi un coût écologique important, surtout si leur nombre vient à être multiplié. « Les fusées sont des engins très complexes, qui nécessitent l’utilisation de métaux avec des propriétés bien spécifiques. Donc ce sont des matières premières qu’il faut extraire du sol », précise Grégor Rauw.

SpaceX met régulièrement en avant le caractère réutilisable de ses fusées pour réduire cet impact. Mais cette solution reste limitée : « Pour l’instant, il n’a jamais réutilisé des fusées plus que 4 à 5 fois. Ce qui veut dire que même si, de manière optimiste, vous avez une fusée qui fait 30 lancements, il vous en faut une nouvelle par jour. Cela fait quand même une quantité impressionnante de lanceurs à produire », alerte Grégor Rauw.

Au-delà de la question environnementale, la faisabilité même du projet interroge l’astrophysicien : « Récupérer la fusée, la préparer pour le lancement suivant, cela prend généralement plusieurs semaines voire un mois. Alors personnellement, je ne crois pas du tout en sa cadence de lancement », confie-t-il.