D’emblée, en pénétrant dans la chapelle de la Visitation, on est saisis par le sentiment d’une indicible présence. On ose à peine chuchoter. Face à nous, une gisante de tissus, sculptée dans la délicatesse de fils blancs. Elle a un gros trou rouge à la poitrine : des roses séchées et luisantes semblent fermenter en son cœur. La grâce du fil, la plaie du Fils ? Des fluides paraissent fuir par de plus petites blessures et s’écouler comme une chevelure, tandis que d’immenses drapés blancs l’encadrent et la surplombent, façon lit à baldaquin : son âme monte-t-elle au ciel ? Ou comme le suggère le titre de l’exposition, Incarnation, est-elle en train de renaître à la vie ?
C’est toute la tension qui habite l’univers puissant et très cohérent de la jeune Jeanne Vicerial, « entre vulnérabilité et résistance, visible et invisible, densité et fugacité », pour reprendre ses mots. « Quel honneur, quelle chance que d’avoir quatre lieux pour exposer mes fils et mes fleurs ! », introduit cette artiste textile très en vue, dont cette exposition-parcours constitue la première monographie. On la doit à la commissaire Christel Pélissier-Roy, directrice des Musées d’art et d’histoire d’Aix, et à la…