En 1989-1990, sa mère, qui la tient là dans ses bras, espère encore devenir infirmière. Ils habitent Monceau et ce qui a tout cassé en si peu de temps ne se voit pas sur la photo. « Mon père se droguait. Héroïne et cocaïne. Et le couple n’a pas tenu ».

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Aurélie grandit comme ça. À 2 ans, les grands-parents paternels, Roger et Ginette, la recueillent. Ils feront de leur mieux et la protégeront, avec parrain Eric et tante Laurence, l’entourant de leur amour jusqu’au bout de leurs forces. On comprend que si Aurélie n’a pas eu la vie facile, elle a fait face, comme elle a pu. Aujourd’hui, la jeune femme est en couple avec Deborah. Elles ont plein de projets.

Mais l’on sent bien chez Aurélie que son père a manqué, et c’est la raison de cet article publié ce week-end particulier, celui de la fête des pères.

Aurélie se livre avec pudeur. Elle raconte la dureté d’avoir grandi sans papa. « Il m’a fallu des années pour comprendre qu’il m’a manqué de n’avoir pas de modèle masculin. Gamine, je jalousais les copines que leur papa allait chercher à l’école. […] Papa, si tu savais comme tu m’as manqué. J’aurais tant aimé que tu le saches ».

Aurélie a choisi la fête des pères pour lancer un appelAurélie a choisi la fête des pères pour lancer un appelAurélie a choisi la fête des pères pour lancer un appel ©D.R.L’affaire du père Roger

Son père s’appelait Dominique Poissonnier. Officiellement, il est décédé le 20 juin 1990, à l’âge de 28 ans, et, a-t-on dit à sa fille, « c’est la drogue qui l’a tué ».

Affaire classée ? Pas pour Aurélie pour qui « l’affaire n’est pas claire ». D’après ce qu’on lui a raconté, Dominique vivait dans l’entourage du père Roger, cette figure à l’époque très connue à Charleroi. « Papa fut l’un de ceux qui portèrent le cercueil du père Roger quand on l’a assassiné ».

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De son nom complet Roger Van Tournhout, le prêtre était de ceux qui pensent que chacun a droit à une chance et tendent la main aux jeunes en déshérence. L’un de ses protégés, toxicomane, l’a tué, le 28 juin 1989. « On voit mon papa sur des photos prises lors des funérailles, insiste Aurélie. Il est là, à droite, c’est lui qui porte le cercueil ».

Aurélie a deux mois, et si la photo montre un moment de bonheur, il sera de courte durée.Aurélie a deux mois, et si la photo montre un moment de bonheur, il sera de courte durée.Aurélie a deux mois, et si la photo montre un moment de bonheur, il sera de courte durée. ©D.R.Pourquoi Dison ?

Dominique Poissonnier fut trouvé mort à Dison, le 20 juin 1990. Qu’allait-il faire là-bas ? ! Il est sans voiture et Dison est tout de même à 120 km. Son corps aurait été trouvé « par un passant » qui « promenait son chien », gisant dans « un fossé », en « contrebas d’une allée ».

D’après une version, une aiguille de seringue était plantée dans son bras droit. Et pour Aurélie, c’est curieux : pour certaines raisons, son père ne se servait pas de la main gauche. En plus, lui a-t-on dit, son père « se piquait dans l’aine ou entre les orteils », pas au bras.

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Aurélie apprend encore qu’il aurait été vu, la dernière fois, « près de la gare de Charleroi ». Là, des gens l’auraient embarqué « de force » dans « une fourgonnette noire ». Or son père « mesurait 1 m 89 et pesait plus de 100 kilos ». Comment aurait-il eu le dessous, en plein jour et devant la gare ?

L’affaire aurait été rapidement classée. À l’époque, « les toxicomanes n’intéressaient pas. »

Aurélie a choisi la fête des pères pour lancer un appel. Qui a connu son père, qui peut lui parler de lui et aurait des photos ?

Dans huit jours, il y aura exactement trente-six ans.