On les appelle parfois les « demoiselles coiffées » mais le terme le plus courant pour désigner ces étonnantes formations géologiques est « cheminées de fées ». Elles sont présentes en de nombreux endroits du globe et notamment en France et se présentent sous la forme de hautes colonnes de roches surmontées d’un bloc de nature différente. Parfois isolées, on les trouve souvent en groupes, ce qui rend le spectacle encore plus insolite et intriguant.


Exemple de cheminées de fées © ServiceComDigne, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Si l’on peut en trouver de toutes les tailles, il n’est pas rare que ces silhouettes élancées s’élèvent à plusieurs dizaines de mètres de haut et soient coiffées par des blocs rocheux pesant plusieurs dizaines de tonnes ! Mais comment de tels blocs sont-ils arrivés au sommet de ces fines colonnes de pierre ?

Le lent travail de l’érosion face à des roches de dureté différente

En réalité, les pierres n’ont pas bougé. C’est le reste du sol tout autour qui est parti ! Les cheminées de fée se forment en effet par érosion différentielle. Comme partout, le vent, le ruissellement de l’eau et le gel/dégel érodent les roches en surface, particule par particule. Mais toutes les roches ne résistent pas de la même façon à cette lente usure. Les roches tendres comme les argiles, les marnes, les dépôts volcaniques consolidés, la craie… s’érodent bien plus facilement et rapidement que les roches dures (grès, conglomérats, calcaires compacts, basalte, blocs erratiques…).

Les étonnants rochers des Mourres de Forcalquier. © Apitux, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0
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Ainsi, lorsqu’un bloc plus résistant se trouve au-dessus d’un niveau de roches tendres, il ralentit fortement l’érosion de la colonne située en dessous en la protégeant des précipitations et du ruissellement direct. À la fin, il ne reste que des colonnes isolées semblant porter un chapeau rocheux. Si ce parapluie naturel tombe, les précipitations finiront par éroder la cheminée qui disparaitra peu à peu.


Formation des cheminées de fée par érosion différentielle © National Park Service, Wikimedia Commons, domaine public

Des exemples en France et ailleurs

Il existe de nombreux exemples de telles cheminées de fée. Si le contexte géologique est souvent différent, le processus de formation est toutefois toujours le même.

En France, les plus célèbres sont les Demoiselles Coiffées de Théus et celles de Pontis, dans les Alpes. Dans les deux cas, ces cheminées de fée résultent de l’érosion d’anciens dépôts glaciaires (moraines). Il s’agit de sédiments faiblement consolidés, très sensibles à l’érosion. Mais les glaciers ont également charrié des blocs plus imposants et résistants, qui ont permis la formation de ces « demoiselles coiffées ». Il existe bien d’autres ensembles de dimensions plus modestes dans les Alpes.

Le colorado provencal dans le Lubéron. © CHRISTIAN MAN, Flickr
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Les Demoiselles Coiffées de Pontis dans les Alpes © Fr.Latreille, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

À l’étranger, les cheminées de fée de Cappadoce en Turquie font partie des exemples les plus connus pour ce type de formation géologique. Ici, leur formation est étroitement liée à l’activité volcanique qui a marqué cette région d’Anatolie centrale il y a plusieurs millions d’années. Les colonnes sont ainsi principalement taillées dans des tufs volcaniques tandis que les chapeaux correspondent à des niveaux volcaniques plus résistants, notamment des ignimbrites consolidées ou des coulées de lave.


Cheminées de fée en Cappadoce, Turquie © Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

En Italie, dans le Tyrol du Sud, se sont les Pyramides de Renon qui surprennent par leur hauteur, leur nombre et le cadre particulièrement photogénique. Alors qu’en Serbie, l’aspect étrange des cheminées situées sur les pentes du mont Radan ont quant à elles inspirées de nombreuses légendes locales, loin de l’esprit féérique. Le site est en effet appelé Đavolja Varoš, « la Ville du Diable » !


Đavolja Varoš en Serbie © Nikolic, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Ces sites sont toujours l’occasion de belles balades, et mieux vaut en profiter, car les cheminées de fées ne sont pas des structures permanentes. Relativement fragiles, elles finissent elles aussi par disparaître sous l’effet de l’érosion, tandis que de nouvelles colonnes peuvent se former ailleurs.