Cet architecte designer d’intérieur s’est installé à Laguiole où il propose ses services à son bureau Fazo Design et une galerie d’art « Parigobrac ».

Dans l’écrin du plateau de l’Aubrac et ses grands espaces, Enzo Iaconelli a trouvé sa maison. Son refuge, son inspiration. Il faut toujours un chaos pour se connaître, mieux, renaître. Comme l’a écrit Nietzsche : « Il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. » Ce chaos fut le Covid et sa dose à répétition de confinement où décision fut prise de quitter Paris pour la terre promise à Laguiole d’où est originaire son épouse.

Lles chambres revisitées par Enzo Iaconelli pour l’hôtel "L’Aubrac"à Laguiole.

Lles chambres revisitées par Enzo Iaconelli pour l’hôtel « L’Aubrac »à Laguiole.
Reproduction Centre Presse Aveyron – BRUNO CALENDINI

Ici, ou plutôt là-haut, Enzo Iaconelli a ouvert rue Bardière « Parigobrac » comprenant deux espaces, l’un dédié à son métier d’architecte et designer d’intérieur, l’autre pour partager sa quête de beauté, en faisant office de galerie d’art. Comme deux espaces qui entrent en résonance. « Il y a une vraie résonance ici. J’ai senti le potentiel artistique et créatif », confiait-il d’ailleurs, à son arrivée. Son inspiration a fait écho dans ses créations au point d’entrer en résonance justement à Laguiole. Il y a eu d’abord sa faune sauvage pour l’établissement culinaire « La réserve » suivie du restaurant de Gilles Moreau « Hora » qui a aussi mis Laguiole à l’heure de la beauté intérieure. Il restaure les espaces de restauration, et pas seulement.

Entrer en résonance

En effet, ses réalisations ont séduit au point de murmurer à l’oreille d’Yves Soulhol, directeur de la coopérative Jeune Montagne, emblème de la réussite à Laguiole. Enzo Iaconelli a eu, une fois encore, carte blanche, pour créer un univers entre tradition et modernité. Faisant écho voire référence, résonance encore, à la pensée d’André Valadier comme un père spirituel, fondateur de la coopérative : « La tradition sans modernité est stérile mais la modernité sans tradition peut être aveugle. »

"J’ai senti le potentiel artistique et créatif".

« J’ai senti le potentiel artistique et créatif ».
Reproduction Centre Presse Aveyron – BRUNO CALENDINI

Dans cet espace qui accueille des entreprises pour des séminaires, l’architecte a joué avec les mobiliers et les références à l’Aubrac. La télévision y est même cachée pour ne pas se laisser aveugler.

Autant de créativités artistiques qui ont récemment attiré les propriétaires d’un autre établissement emblématique de Laguiole, à savoir l’hôtel-restaurant « L’Aubrac », d’Emmanuelle Brouzes et de Vincent Favier. Des chambres pour commencer où là aussi, Enzo Iaconelli a pu laisser libre cours à son imagination pour conjuguer les matières à l’esprit du lieu et les âmes qui traversent l’histoire tant familiale qu’ancestrale.

Déménagement

Entre-temps, il a effectué un petit déménagement, toujours rue Bardière, dans la vitrine d’en face pour gagner en espace. On y retrouve deux parties séparées par un mobilier de forme pyramidale, théâtre de son nouveau cheval de bataille. On y distingue des œuvres d’une quinzaine d’artistes contemporains pour la partie galerie. Sur les cimaises se côtoient des masques et des luminaires, autant d’œuvres mises en lumière. Les « chouflexion » de Gisèle Garric sont comme un clin d’œil à Giuseppe Arcimboldo. Et, l’expérience donne confiance, Enzo Iaconelli expose les siennes aussi avec des collaborations.

Un taureau ailé (d’abeille évidemment) réalisé à quatre mains avec l’artiste Patrick Peret, une console d’Aubrac à pattes de taureau grâce à son partenaire dans la production de son mobilier, Meubles de l’Aubrac, un couteau « Le fil de l’âge » pour un hommage à Pierre Soulages, magnifié par Jean-Michel Cayron, double meilleur ouvrier de France en coutellerie. « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte », a-t-il repris de Pierre Soulages pour expliquer l’élaboration de son couteau. Car c’est bien dans l’épure comme la lame d’un couteau, dans la simplicité que se cache la beauté. Et comme toujours, le plus difficile est de faire simple. Enzo Iaconelli dessine, taille, allège pour donner corps à la beauté avec force et sagesse.

Dans son espace de création « Fazo Design », chaque détail n’a pas été laissé au hasard. Tout fait sens car tout est symbole. La forme de son bureau est le morceau de l’espace qui sépare la galerie au sien. La forme pyramidale se dévoile partout. Comme une nouvelle source d’inspiration. Enzo Iaconelli y a construit son temple intérieur qui ne demande qu’à être achevé au-dehors pour laisser libre cours à sa créativité. C’est ce qu’il a commencé à entreprendre grâce aux entrepreneurs cités à Laguiole. Et plus loin si affinités. « Un design, qu’il soit d’espace, de mobilier ou d’objet, nécessite une profonde connaissance des techniques et maîtrises artisanales, des savoir-faire ; une symbiose parfaite des corps créateurs et esprits concepteurs dont émanent les plus belles réussites en la matière. Un mantra, dont l’artisanat d’art en est la proue », conclut-il pour résumer son métier.

En ce sens, il vient de candidater au concours des Manufactures nationales qui vise à promouvoir l’excellence des savoir-faire français et mettre en valeur la richesse de ce patrimoine matériel et immatériel avec plus de 53 métiers d’art exercés au sein de ses manufactures et ateliers. Réponse cet été. Peut-être sa création entrera à nouveau en résonance avec la beauté, essentielle à la vie sur terre. Comme un leitmotiv, une force intérieure, sur sa table de chevet, sa lecture est celle du livre « Résonance » de Hartmut Rosa. Décidément, résonance rime avec évidence.