Comme le rappelle le bourgmestre faisant fonction de Schaerbeek, Martin de Brabant (MR), cette mesure n’avait pas pour but de régler tous les problèmes observés dans le quartier, mais de ramener la tranquillité entre 1h et 6h. Il s’agissait aussi de soulager les forces de police la nuit pour se concentrer sur la journée.
Ce type de mesure ne peut être pris que pour une période de trois mois mais qui peut être renouvelée. La première arrive bientôt à son terme et se pose donc la question de la reconduire ou non.
Un premier bilan avait été dressé au bout d’un mois. Les communes notaient une « diminution significative » des faits les plus graves commis durant la nuit dans le secteur avec, par exemple, une baisse de 37 % des faits de vol avec violence au cours du mois d’avril à Schaerbeek (par rapport aux trois premiers mois de l’année). Pour ce qui est des coups et blessures, 20 % de ces faits répertoriés dans le périmètre avaient lieu dans la tranche horaire de 1 h à 6 h au premier trimestre 2026 ; le ratio était descendu à 11,5 % pour le mois d’avril.
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Les communes finissent actuellement de collecter les derniers résultats après deux mois et demi de mesure. Les débats politiques au sein des majorités vont donc être relancés. Une prolongation de la mesure n’est pas encore actée. Si elle doit intervenir, ce sera lors des conseils communaux de fin juin.
Saint-Josse partante pour trois mois de plus
À Schaerbeek, on ne laisse rien fuiter pour le moment. Le mayeur assure juste que l’évaluation n’est « pas négative ». À Saint-Josse, le bourgmestre Emir Kir est plus loquace. « C’est très positif, il y a un retour du calme dans le quartier. Les habitants nous le disent. Nous allons plaider pour un prolongement de la mesure (de trois mois supplémentaires). Mais peut-être avec quelques adaptations. On proposera notamment d’exclure la rue Royale du dispositif parce qu’elle est plus éloignée du hotspot et moins concernée par les problématiques ciblées. » Si prolongation il y a, ses modalités, comme le périmètre de la mesure, pourraient donc évoluer.
Mais certains commerçants ne l’entendent pas de cette oreille. « On n’a pas pu contester directement la mesure parce qu’on n’était pas organisés. Maintenant, c’est chose faite, » nous explique l’un d’eux.
Schaerbeek mise en demeure
Une vingtaine de commerçants, situés sur Schaerbeek, ont en effet pris contact avec l’avocate Hélène Debaty. Une mise en demeure vient d’être envoyée à la commune. Les commerçants menacent d’entamer une procédure en justice si l’ordonnance qui impose la fermeture n’est pas retirée. Les commerçants exigent également le remboursement des pertes de chiffre d’affaires subies à cause de l’ordonnance et le non-renouvellement de cette dernière.
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« Nos charges, elles, elles restent : le personnel, l’électricité… La commune nous demande même de continuer à payer la taxe qui permet de rester ouvert 24 h sur 24. C’est environ 3 000 euros. Alors qu’on ne peut justement plus ouvrir. C’est quand même culotté, » nous explique un tenancier de café. Le manque à gagner est d’autant plus important que « les joueurs de bingo viennent surtout le soir et la nuit. C’est une grosse part de nos revenus (plusieurs milliers d’euros par mois). Idem pour les consommations : en journée, ce sont des cafés, mais le soir, ce sont les conso’ qui nous rapportent le plus. »
Sur la taxe d’ouverture de nuit, le bourgmestre de Schaerbeek recommande aux commerçants de contester la taxe : « Cela devrait se discuter en collège mais, à titre personnel, je ne suis pas opposé à une réduction de cette taxe vu les mois de fermeture. »
La restriction nocturne a aussi eu des effets sur la clientèle en journée. « Les clients ne viennent plus chez nous. Puisqu’ils savent qu’ils doivent partir à une heure, ils vont déjà ailleurs pour commencer leurs soirées. On ne pourra pas tenir trois mois de plus. Récemment, un autre établissement a fermé un peu plus loin. »
Nous avons aussi eu vent de la situation de certains salons de prostitution, également fort impactés par la mesure : « On les a obligés à faire des dizaines de milliers d’euros de travaux avec de nouvelles exigences sur l’agencement des vitrines, sur les entrées, etc. Beaucoup se sont endettés pour cela. Et puis le Covid et maintenant ça. Les filles louent des chambres dans ces salons pour 12 heures. Avec la mesure, personne ne loue le « shift » de nuit. Les filles partent alors à Gand ou Anvers. »
« Les problèmes de sécurité, ce n’est pas la faute des commerces. On était déjà là avant »
Mais alors, est-ce au moins pour un mieux sécuritaire ? Lors de notre passage en pleine journée, il n’aura pas fallu attendre plus de 15 minutes pour voir une tentative de vol de valise. La police intervient, la rue se vide alors de plusieurs groupes qui l’arpentaient. Des agents en civil continuent la surveillance pendant plusieurs minutes.
« Vous avez de la chance : aujourd’hui, ils sont là, nous dit-on. Mais la fermeture la nuit n’a pas renforcé leur présence en journée. En tout cas, on ne le voit pas. »
Fin avril, la Dernière Heure avait même averti la zone de police qu’une bagarre à l’arme blanche avait éclaté alors que l’intervention des secours mentionnait juste une chute. Une enquête avait alors été ouverte.
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« Et la nuit, ça ne s’arrange pas non plus. Les dealers ou les agresseurs sont encore plus tranquilles pour agir. Nous, quand on est ouvert, on fait un peu la police. On protège les clients ou les passants. Mais maintenant, quand on ferme la nuit, il n’y a plus personne pour ça. Il y aurait un moyen facile de régler le problème pour les soirées : mettez deux policiers dans la rue. »
« Quand on a acheté ici, c’était vraiment un endroit prisé et touristique, reprend un autre commerçant. On venait de partout, de France, des Pays-Bas, pour passer rue d’Aerschot et rue de Brabant. En une quinzaine d’années, ça a totalement changé et ça s’est surtout aggravé avec le Covid. Les problèmes de sécurité, ce n’est pas la faute des commerces. On était déjà là avant. Le problème, c’est l’abandon des autorités qui en rajoutent une couche avec la fermeture des commerces. »
Dans le milieu de la prostitution, aussi, la donne a changé notamment avec la crise sanitaire. « Il y a 15 ou 20 ans, pour rentrer et discuter, c’était 50 euros. Maintenant, pour 50 euros, vous trouvez des filles qui font la totale. »
« Un rapport qui ne permet nullement de justifier l’ampleur de la fermeture »
Pour attaquer la commune, ce groupe de commerçants et leur conseil épinglent le rapport de police qui a servi de justification à la fermeture nocturne. « Un rapport qui ne permet nullement de justifier l’ampleur de la fermeture décidée, ni son périmètre et ce, même à supposer que les données qui y sont reprises soient exactes, ce qu’il est impossible de vérifier en l’état. »
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Dans le courrier adressé à la commune, une phrase du rapport est particulièrement épinglée : « Les activités nocturnes liées aux établissements ouverts tardivement et à la prostitution (ouverte 24 h/24) jouent un rôle majeur dans ce phénomène. » Une affirmation « fermement contestée » par les commerçants qui « ne comprennent pas sur quoi cette affirmation se fonde et insistent sur le fait qu’au contraire, l’ouverture de commerces pendant la nuit permet justement d’éviter certains méfaits et, le cas échéant, d’apporter l’assistance nécessaire aux victimes. »
Certaines statistiques avancées pour justifier la mesure semblent aussi alambiquer, « sans compter qu’on se demande qui va encore porter plainte après une agression ici. De toute façon, ils ne savent jamais rien faire. »
Dans ce contexte contestataire, les derniers conseils communaux avant les vacances s’annoncent donc sportifs.