Au nom de la loi et d’une société profondément marquée par le drame, l’avocat général a plaidé pour une sanction sévère contre Paolo Falzone. Il a retenu l’unité de comportement pour les crimes commis et n’a dès lors pas considéré qu’il y avait concours de crimes.

Protéger la société

Pour justifier sa réquisition, le magistrat a insisté sur l’impératif de sécurité publique. « Il a porté atteinte de manière violente et irrémédiable aux personnes. Il est fondamental de protéger la société face à de tels faits », a-t-il déclaré, estimant également nécessaire de protéger le folklore et son public contre de tels agissements.

L’accusation a également souligné l’extrême gravité des faits. « La société doit pouvoir manifester sa désapprobation, particulièrement quand il s’agit de faits aussi graves », a rappelé Gilles Dupuis, évoquant la violence du drame provoqué au moyen d' »un bolide trafiqué ».

Le magistrat est revenu sur les images diffusées au procès. « J’entendrai très longtemps le bruit de cet impact entre l’auto et les piétons », a-t-il confié. Il a également évoqué les témoignages des victimes et des professionnels intervenus sur place. « J’ai été particulièrement touché par les cris que l’on entend lors des appels aux secours ou dans la vidéo diffusée à l’audience.  » Selon lui, médecins, ambulanciers, infirmiers et policiers impliqués dans cette tragédie sont « tous marqués au fer rouge ».

Des conséquences toujours présentes

L’avocat général a insisté sur les répercussions durables du drame. Certaines victimes poursuivent encore leur revalidation plus de quatre ans après les faits, tandis que les proches des personnes décédées peinent à faire leur deuil. « Les faits de violence extrême ont marqué une commune, une région entière », a-t-il souligné, rappelant également les conséquences collectives sur le carnaval de Strépy.

80 ans des accords italo-belges : Une grande commémoration à Bois-du-Luc pour célébrer l’héritage de l’immigration italienneUne personnalité pointée du doigt

L’accusation a également longuement analysé la personnalité de Paolo Falzone. Selon Gilles Dupuis, plusieurs éléments ressortent des débats : l’influence d’un environnement familial protecteur, son attrait pour les véhicules puissants, perçus comme un symbole de prestige et de puissance, ainsi qu’une volonté répétée de transgresser les règles de circulation.

Livreur de profession, Paolo Falzone ne pouvait ignorer les règles de sécurité routière, a estimé le magistrat. Si sa famille décrit un homme serviable et bienveillant, ses anciennes compagnes ont livré un portrait sensiblement différent.

L’avocat général a également écarté l’argument lié à sa situation familiale. « Il a fait le choix d’avoir un enfant en toute connaissance de cause, sachant qu’il encourait une lourde peine. Ce n’est pas une circonstance atténuante non plus », a-t-il affirmé.

Plusieurs mensonges à l’audience

Le casier judiciaire du condamné mentionne notamment une amende et une déchéance du droit de conduire pour conduite en état d’ivresse. L’accusation a aussi rappelé un épisode au cours duquel sa mère se serait laissée condamner à sa place pour un important excès de vitesse.

« Il a continué à rouler vite, très vite et même de plus en plus vite malgré les nombreux avertissements », a relevé le magistrat.

Concernant son évolution depuis les faits, Gilles Dupuis s’est montré particulièrement critique. « Son attitude à l’audience m’a interpellé. Nous avons eu droit à plusieurs mensonges », a-t-il déclaré. « Sur le plan de la manifestation de la vérité, il a avancé avec le frein à main et a même opéré quelques marches arrière. »

S’appuyant sur les expertises psychiatriques et psychologiques, l’avocat général a rappelé que Paolo Falzone avait été décrit comme une personne superficielle, autocentrée, peu empathique et encline à minimiser sa responsabilité. « Je n’ai pas constaté d’évolution. Il reste autocentré et peu empathique », a-t-il estimé.

Selon lui, le principal intéressé n’a jamais réellement compris les enjeux du procès ni entrepris de remise en question.

Une frustration concernant le permis de conduire

Le premier avocat général a enfin regretté l’impossibilité actuelle de prononcer une déchéance du droit de conduire dans un dossier de meurtre. « Ce n’est pas possible actuellement de prononcer une déchéance pour un condamné pour meurtre. Ce sera possible dès le 1er septembre avec le nouveau Code pénal », a-t-il rappelé.

Antonino Falzone : deux ans fermes requis

Concernant Antonino Falzone, l’accusation lui reproche de ne pas avoir porté assistance à une cinquantaine de blessés, alors que de nombreuses personnes présentes sur les lieux, y compris des mineurs, ont tenté de venir en aide aux victimes.

Le magistrat a également relevé qu’il ne s’était jamais désolidarisé de Paolo Falzone au cours de la procédure. « Il a manqué une occasion de le faire et il n’admet pas ses responsabilités », a-t-il estimé.

Comme pour son coaccusé, l’avocat général n’a constaté aucune remise en question et a dès lors exclu tout sursis dans ses réquisitions.