La conversation commence par une mise au point de Monsieur Janssens. Il lui fait part manifestement de son courroux face à un envoi de mails massifs de la part de son interlocuteur où il se plaint d’autres collègues alors que lui se sent surveillé. Frédéric Janssens lui dit qu’il ne va pas « continuer à lire, à recevoir et à tenter de réagir à ces messages-là qui n’ont, je vais te le dire gentiment, pour 80 %, ni queue, ni tête. […]. Les 20 % que j’accepte, c’est ceux où tu vis des injustices par rapport à d’autres et par rapport à des déroulements de carrière, ça, je le comprends volontiers ».

Le Parlement wallon est-il le lieu du recasage politique par excellence ?Un ton complice, des louanges

Le ton est plutôt complice, les deux hommes se tutoient et Frédéric Janssens, agacé certes par les plaintes intempestives de son subordonné tente de le rassurer. « Je suis ton meilleur défenseur pour autant que tu en aies besoin, je le fais avec plaisir, même si ce n’est pas tous les jours facile avec certains interlocuteurs qui se sentent maltraités par toi ». Plus loin, il lui dit aussi « je pense que tu fais énormément de choses, je t’en suis extrêmement reconnaissant. J’espère que dans une échéance d’un an raisonnable, cette reconnaissance se matérialisera par autre chose que des sourires… ». Il affirme qu’il « respecte [son] travail, je respecte la manière dont tu gères les équipes ».

Et ce n’est pas tout. Après que son collaborateur lui a confié avoir le sentiment que, alors que d’autres membres du greffe passaient leur temps « à se balader », lui devait constamment rendre des comptes, Janssens lui adresse même quelques compliments : « Mais tu as une intelligence supérieure, tu as une culture immense, tu as une capacité de rédaction exceptionnelle tu as une capacité de travail incroyable. Je t’ai déjà dit dix fois que tu travaillais beaucoup trop… ». Il ajoute encore que « Tu fais des choses qui sont étranges dans le fonctionnement d’une administration, c’est tout. J’en fais le constat et comme je t’ai dit, je te protège par rapport à toi-même ».

Des documents concernant les marchés publics du Parlement wallon auraient disparu

C’est alors que vient le fameux passage qui a mis à mal la réputation de Frédéric Janssens. En effet, dans cette conversation, le greffier évoque alors deux agents avec qui son interlocuteur rencontrait des problèmes. Il lui rappelle qu’il a réglé ces problèmes par des « procédés odieux » pour un et après avoir « dézingué » le second. Il lui démontre ensuite que s’il employait avec lui des méthodes similaires − la mise en route d’une procédure disciplinaire − il n’irait « pas juste (NdlR : corrigé par nos soins) chez [son] cardiologue ce soir », mais qu’il serait à la morgue dès midi. « Hein t’es à la morgue à midi, hein Alors ? », entend-on dans l’enregistrement. Ensuite il lui précise que « J’aimerais bien que tu finisses ta carrière ici ». Ce dernier morceau de phrase n’était pas repris dans le petit morceau d’enregistrement diffusé au moment de l’affaire.

Une citation directe au pénal pour l’auteur de l’enregistrement

Frédéric Janssens ne souhaitant pas réagir, mais pour, Julien Uyttendaele, l’avocat de Frédéric Janssens que La Libre a contacté, « il est clair que cet enregistrement a été traité avec légèreté et que, sur base de bribes, des conclusions ont été tirées. Elles ont des conséquences désastreuses pour mon client qui est toujours considéré comme un pestiféré ». Il explique aussi qu’on « constate que cette discussion n’est pas purement professionnelle », et son client « s’y montre plutôt bienveillant ». L’avocat nous confirme aussi qu’une citation directe au pénal a été déposée contre le subordonné de Monsieur Janssens qui est l’auteur de l’enregistrement pour qu’il réponde ses actes.

Georges-Louis Bouchez explique que « Frédéric Janssens va gagner son procès contre le Parlement wallon »

Quant aux termes « procédés odieux » et « dézingué » associés aux procédures engagées contre les deux autres agents, l’avocat précise que son client « grossit le trait et utilise des termes qui avaient été utilisés par les agents concernés ».

Il faudra attendre septembre 2027 pour voir ce volet de l’affaire passer enfin devant la justice.