L’été reste toutefois une très bonne saison pour les brasseurs. « On vend davantage de bières, sauf lors de canicules, poursuit M. Maudgal. Nos études montrent que dès qu’il fait plus de 25 degrés, les gens passent de la bière à des boissons désaltérantes non alcoolisées. Notre plus grand concurrent, c’est l’eau ».
Autre constat : La Belgique reste un pays d’exportation, avec 70 % du volume produit dans notre pays qui est destiné à l’étranger. Mais là aussi, les brasseurs sont sous pression, avec une perte de près de 5 % de volume exporté l’année dernière. Le déclin est beaucoup plus impressionnant sur les marchés non européens (-14 %). Le duo pointe différentes raisons, dont l’arrêt total des exportations vers la Russie, les tarifs douaniers de Donald Trump ou la perte de pouvoir d’achat de la classe moyenne chinoise. « La bière belge reste un produit de luxe. »
Mais selon Lorin Parys, il existe une autre cause. De plus en plus d’industriels brassent leurs bières « belges » à l’étranger. C’est notamment le cas d’ABInbev avec ses Stella Artois aux États-Unis ou au Brésil. Même si « la philosophie belge est présente », pour Lorin Parys, la Belgique doit rester sur ses gardes. « Certains aux États-Unis vendent des bières qui s’affichent comme étant belges mais qui n’ont rien à voir avec nos critères de qualité. On doit mieux protéger notre savoir-faire belge qui est parfois volé ». Les brasseurs envisagent ainsi de créer un label belge « pour pouvoir endiguer ce phénomène ». «
Malgré des marges réduites, des coûts énergétiques et des matières premières à la hausse ou encore une incertitude géopolitique grandissante, le secteur « croit en l’avenir », d’après nos interlocuteurs. Les brasseurs belges ont investi 213 millions d’euros (+ 20 %) en 2025. » C’est énorme ». Le focus est mis sur la durabilité (une brasserie trappiste a, par exemple, acheté une grande éolienne), mais aussi sur les innovations, qu’elles soient dans les emballages ou dans les produits. Chaque année, de nouvelles bières sans alcool arrivent ainsi sur le marché belge. « Il y a 120 marques de ce type, avec de plus en plus de bières spéciales sans alcool. Le sans alcool représente désormais 6,5 % du poids relatif de la consommation, soit une croissance de 17 % par rapport à 2024 ».
Les dirigeants le constatent : la mode des micro-brasseries est passée et les consolidations sont une réalité. Le nombre de brasseries belges est ainsi passé de 411 en 2024 à 386 actuellement. « La place de la bière est en train de changer, note M. Parys. Les gens optent de plus en plus pour la qualité, avec un niveau d’alcool plus faible, voire sans alcool. Les jeunes sont davantage dans le contrôle et sur leur smartphone qui est un concurrent pour la bière. Mais ils cherchent encore des lieux où créer des vrais liens : un match de foot, un festival,… »
Dans ce contexte, les brasseurs veulent soutenir la « culture de l’Horeca qui est en danger ». « Les cafés sont des lieux essentiels, où des conversations spontanées avec des gens qu’on ne connaît pas ont encore lieu. Là où ils disparaissent, les cas de solitude sont plus nombreux. Les Belges associent toujours la bière avec la joie de vivre ».
« Les moines de Chimay vivent jusqu’à 90 ans »
Mais ce ne serait plus le cas de beaucoup de politiques, d’après le duo. « Dans l’accord du gouvernement Arizona, le slogan de santé doit passer de « l’abus d’alcool nuit à la santé » à « l’alcool nuit à la santé », insiste M. Maudgal. Le projet d’arrêté royal a été approuvé en première lecture par le conseil des ministres fin mars. On est très inquiets. C’est un changement de paradigme. Cela veut dire que chaque goutte de bière nuit à la santé. Ce qui est contraire à la majorité des analyses scientifiques de ces quarante dernières années. Si cela se confirme, nous serions le premier pays au monde à aller si loin »
Pour Lorin Parys, ce changement n’a aucun sens. « Les moines de Chimay boivent leurs bières chaque jour et ils vivent jusqu’à 90 ans (Il rit) Le politique doit lutter contre l’abus d’alcool et on est 100 % derrière cela. On le prouve chaque jour avec la campagne Bob qu’o, qu’on finance largement. On est aussi prêts à augmenter drastiquement notre production de bière sans alcool, si on nous le demande ».
Mais le changement de slogan pétrifie les brasseurs autant qu’il les fâche. « Ce changement n’est pas que sémantique. C’est le chemin tout tracé vers l’interdiction de la publicité, l’emballage neutre, des accises à la hausse ou l’obligation de cacher les produit dans les magasins, avance Krishan Maudgal. L’Arizona nous stigmatise mais aussi tous les consommateurs de bière. Au lieu de protéger son patrimoine, comme le font la plupart des pays, on le met directement en danger ainsi que ses milliers d’emplois. On représente quand même 1 % du PIB belge. » Et Lorin Parys de conclure. « Certains brasseurs nous disent : si je dois mettre ce slogan sur mon emballage, soit je dois arrêter mon business, soit accepter que je suis devenu un dealer ».