Ces dernières semaines, les drones ukrainiens convergent vers un même endroit, un même but. Ils frappent sans relâche les lignes de ravitaillement qui relient la Russie à la Crimée occupée. Les ponts de Chongar, Armiansk et Henichesk, les trois points d’entrée depuis l’Ukraine continentale, ont par exemple tous été pris pour cible. Cette campagne fragilise l’approvisionnement des forces russes dans le sud du pays, déjà victimes de la crise du carburant plus large qui freine l’économie mondiale, jusqu’à provoquer des pénuries d’essence sur la péninsule.

Dans cette région, de longues files d’attente se forment devant les stations-service alors que les autorités locales ont commencé à rationner l’essence. Robert Brovdi, commandant des Forces ukrainiennes des systèmes sans pilote, affirme au Financial Times, lundi 15 juin, que « l’Ukraine isolera la Crimée dans un avenir proche » pour la rendre plus difficile à défendre par Moscou.

L’autoroute de tous les dangers

Inaugurée en 2023, l’autoroute Novorossiya est au cœur de l’opération de Kiev. Ce corridor rallie la Crimée à la région de Rostov, en Russie continentale, en passant par les territoires occupés de Marioupol et Melitopol. Sur cet axe hautement stratégique, les drones ukrainiens multiplient les attaques contre les camions et les convois militaires. « Plus de la moitié » des 375 attaques recensées depuis le mois de mai sur les lignes de ravitaillement de la péninsule ont eu lieu sur la Novorossiya.

Clément Molin, analyste français de sources ouvertes, révèle au Financial Times que ces frappes ont fait chuter « de plus de 40 % le trafic journalier moyen sur cette autoroute d’un mois à l’autre ».

Pour l’analyste américain Rob Lee, ces frappes réduisent directement les capacités de l’armée russe : « Moins de munitions et de carburant parviennent au front… Les équipes de drones FPV russes reçoivent moins de drones, les artilleurs moins d’obus. » Il estime que cette pression pourrait offrir à Kiev « davantage de levier dans de futures négociations » si Moscou ne parvient pas à inverser la tendance.

Des routes mineures pas non plus épargnées

Il y a bien d’autres voies d’accès à la Crimée, en dehors de la Novorossiya, mais elles sont aussi mises sous tension. Long de 19 kilomètres, le pont routier et ferroviaire de Kertch est notamment utilisé avec prudence par le Kremlin depuis l’attaque de 2022 qui a endommagé ses travées et incendié un train de carburant. Même des plus petits chemins, souvent accidentés, comme ceux traversant les oblasts de Kherson ou de Zaporijjia, sont bombardés par l’Ukraine, lorsque les drones ne se contentent tout simplement pas de miner ces artères.

Des images satellites montrent quelques poids lourds désormais contraints d’emprunter des ponts flottants temporaires pour atteindre leur destination.

Les habitants de la péninsule en ressentent d’ores et déjà les conséquences. À Sébastopol, le responsable local Mikhaïl Razvojaïev reconnaît des difficultés persistantes : « Malheureusement, les camions-citernes n’ont pas pu atteindre la ville la nuit dernière… » L’ancien lieutenant-colonel ukrainien Oleksiy Melnyk, rappelle lui une leçon d’histoire : « La Crimée est très facile à capturer et très difficile à conserver. »