Par

Emma Ressegaire

Publié le

18 juin 2026 à 6h32

Pendant la crise sanitaire du Covid-19, Céline était en première ligne. Aide-soignante et assistante dentaire au CHU de Dijon, cette habitante de Saint-Apollinaire a travaillé au sein des services Covid alors que l’épidémie frappait durement la France, dont la Côte-d’Or.

Six ans plus tard, à 48 ans, elle est en arrêt maladie depuis deux ans et demi. Diagnostiquée avec un Covid long, elle raconte un quotidien devenu méconnaissable.

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« On nous a balancés dans les services Covid »

Lorsque l’épidémie éclate en 2020, les équipes sont mobilisées en urgence. Céline, qui travaille alors en dentaire, est réaffectée dans un service Covid. « On nous a balancés dans les services Covid. Je me suis retrouvée de nuit. On triait les patients : soit réanimation, soit médecine, soit retour à domicile, soit ils mouraient », se remémore-t-elle.

Cette dernière se souvient d’une période éprouvante, marquée par la peur, l’incertitude et une charge de travail colossale : « J’ai accumulé 135 heures supplémentaires en trois mois. J’avais perdu beaucoup de poids, j’étais épuisée. »

À l’époque, elle pense souffrir d’un simple épuisement professionnel.

Une fatigue qui ne disparaît jamais

Peu à peu, de nouveaux symptômes apparaissent. Alors que Céline partait à vélo pour aller travailler, il lui devenait de plus en plus difficile de continuer à se rendre à son travail par ce moyen.

Puis viennent les maux de tête, les douleurs musculaires et articulaires, les troubles de la mémoire et une fatigue de plus en plus invalidante. « Je ne reconnaissais plus les instruments dentaires. Je ne savais plus ce que je devais faire. J’avais perdu la mémoire. C’était très angoissant », nous confie la quadragénaire.

En 2023, son état ne lui permet plus de continuer à travailler. Elle est placée en arrêt maladie. À cette époque, personne ne lui parle encore de Covid long.

Trois ans d’errance médicale

Pendant plusieurs années, Céline multiplie les consultations et les examens : « Le problème du Covid long, c’est que les examens sont souvent normaux. Pourtant on souffre. »

Elle dit avoir souvent eu le sentiment de ne pas être prise au sérieux. « Beaucoup de médecins ne comprennent pas. On nous envoie chez les psychologues parce qu’ils ne trouvent pas d’explication à nos douleurs », explique la Côte-d’Orienne.

C’est finalement lors d’un rendez-vous avec un médecin, en septembre 2025, qu’une piste est évoquée.

Je venais pour faire un dossier de handicap. La médecin m’a alors dit qu’elle pensait à un Covid long. Pour moi, c’était un épuisement professionnel.

Céline
Côte-d’Orienne qui souffre d’un covid long

Dès lors, elle entreprend de nouvelles recherches et consulte plusieurs spécialistes. Face aux délais d’attente jugés trop importants à Dijon, elle se rend à Paris où un médecin interniste pose finalement un diagnostic.

Une maladie aux multiples symptômes

Aujourd’hui, Céline souffre notamment d’une céphalomyélite myalgique post-Covid, d’asthme et de fibromyalgie. À cela s’ajoutent de nombreux symptômes : essoufflement permanent, douleurs articulaires, troubles de la marche, fièvre récurrente, hypersensibilité aux odeurs ou encore problèmes de concentration.

« Je continue les examens parce que de nouveaux symptômes apparaissent régulièrement », relate-t-elle. Elle attend actuellement des rendez-vous en neurologie, immunologie et souhaite également consulter un urologue.

« Je ne peux plus faire les choses simples du quotidien »

Avant la maladie, Céline se décrit comme une mère très active. Aujourd’hui, chaque déplacement demande des efforts considérables. « Je suis essoufflée tout le temps. Pour une promenade, je dois m’asseoir régulièrement sur les bancs. Je ne peux plus aller dans un centre commercial, tellement c’est fatigant », décrit-elle.

Certaines situations du quotidien sont devenues impossibles : « Je ne peux plus aller chez le coiffeur à cause des odeurs. Je ne supporte plus le froid non plus. » Son mari et ses deux fils, âgés de 13 et 19 ans, l’aident au quotidien.

« J’ai perdu mes amis »

Au-delà des symptômes physiques, Céline évoque aussi les conséquences psychologiques et sociales de la maladie : « J’ai perdu mes amis. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce qu’est le Covid long. Pour eux, le Covid n’existe plus. »

L’ancienne soignante dit avoir également souffert du regard porté sur son arrêt maladie. « Pendant la crise, j’étais celle qui travaillait énormément pour aider les patients. Après, je suis devenue celle qui était en arrêt, celle qui profite », regrette-t-elle.

Déclarée inapte à ses fonctions, elle ignore encore ce que l’avenir lui réserve.

Estimant que la prise en charge des malades reste insuffisante, elle a même écrit au ministre de la Santé pour dénoncer l’errance médicale liée au Covid long. « J’avais besoin de réponses. J’avais besoin qu’on reconnaisse ce qui m’arrivait », conclut-elle.

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