
Publié le 18 juin à 20h11
La fin du procès de Paolo Falzone marque l’aboutissement d’un long combat judiciaire pour les victimes et leurs familles. Mais une autre épreuve commence : celle de l’après, entre solitude, traumatisme et lente reconstruction. Détails avec Justine Roldan Perez.
À Strépy-Bracquegnies, la page judiciaire se tourne, mais la douleur reste intacte. Pour les proches des victimes du drame du carnaval, la condamnation de Paolo Falzone ne signifie pas la fin de la souffrance. Elle ouvre au contraire une période particulièrement fragile, faite de silence, de manque et d’un vide brutal après quatre années de combat.
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Lorena Cascarano vit toujours dans la maison familiale, entourée des photos de ses parents disparus. Pendant des années, elle s’est accrochée au dossier, au point de le connaître par cœur. Aujourd’hui, le procès est terminé, mais impossible pour elle de tourner la page. Une inquiétude demeure déjà : la possibilité, à terme, d’une demande de libération anticipée. « Je ne vais pas dire que je vais y penser chaque jour de ma vie dorénavant. Parce qu’il va falloir que je pense à autre chose évidemment. Mais je sais que le jour où ça va se présenter, je serai là. »
Pour avancer, elle s’est mise au piano. La musique est devenue un refuge, une manière d’apaiser ses pensées et de faire vivre autrement la mémoire des siens. Dans cette maison devenue trop calme, elle tente de réapprendre à habiter l’absence. « Ici c’est vide, je me sens seule dans cette maison. Heureusement que la famille n’est pas loin. Mais oui, la solitude elle est là. »
« Ma fille, mon moteur »
Chez Manon aussi, le procès laisse un sentiment de bascule. Le drame lui a arraché sa mère, tandis que son père et son frère avaient été grièvement blessés. Enceinte de trois mois au moment des faits, elle a trouvé dans la naissance de sa fille une force pour continuer. « Ma fille, ça reste mon moteur. Et ça reste la raison pour laquelle je me lève le matin. » Mais une fois le cadre judiciaire refermé, il faut désormais apprendre à vivre sans cette échéance qui structurait le quotidien.
Ce moment de retombée, plusieurs victimes le redoutaient. Manon le décrit comme une forme de choc après la tension accumulée. « Waouh, ok, ça vient de se passer, c’est fini. Et maintenant, il faut avancer, en fait. » Derrière la fin du procès, il reste encore des démarches à accomplir, mais l’essentiel du combat judiciaire est derrière elles.
Un risque de revoir certaines blessures
L’après-procès est souvent une étape délicate pour les personnes traumatisées. Quand l’énergie mobilisée pendant des mois ou des années disparaît soudainement, le risque est grand de voir ressurgir les blessures psychiques : cauchemars, flashs, angoisses, reviviscences. La solidarité très forte autour du procès s’atténue aussi peu à peu, à mesure que chacun reprend le cours de sa vie.
Pour les proches rencontrés, l’heure n’est pas encore aux grands projets, mais à un pas après l’autre. Revoir des proches, sortir, retrouver un rythme, tenter de profiter à nouveau de la vie : cette reconstruction se fera lentement. Avec une certitude toutefois, le verdict ne referme pas le drame. Il marque seulement le début d’un autre combat, plus intime, celui d’apprendre à vivre avec l’irréparable.
