Top-modèle adulée des années 1980, elle s’impose comme l’une des voix les plus engagées contre l’âgisme, à travers son podcast et sur les réseaux. À 61 ans, elle l’affirme : elle ne s’est jamais sentie aussi libre et heureuse.
Elle est la preuve éclatante que l’on peut atteindre la plénitude à 61 ans. Paulina Porizkova a longtemps enchaîné les couvertures de magazines, jusqu’à devenir, en 1988, le mannequin le mieux payé au monde. Elle s’est ensuite lancée dans le cinéma, l’animation, et même dans l’écriture d’un livre pour enfants. Aujourd’hui sexagénaire, elle multiplie les projets, soucieuse de réaliser ses bonheurs : s’évader à vélo, aimer… Si elle revendique cette liberté avec autant de conviction, c’est aussi pour lutter contre l’âgisme. Après des décennies à incarner un idéal de beauté, celle qui se décrit comme une «activiste de l’âge» est bien décidée à montrer que l’on peut rester ambitieuse et désirable dans l’autre moitié de sa vie. Elle est allée jusqu’à exiger la modification du nom d’une crème Estée Lauder – dont elle est l’ambassadrice mondiale – pour en faire retirer la mention «youth power» (pouvoir de la jeunesse).
Lorsqu’elle s’inscrit sur Instagram en 2016, le réseau social devient sa tribune. Presque quotidiennement, Paulina Porizkova publie des selfies au naturel, tourne les tendances beauté en dérision et dénonce l’obsession de la jeunesse auprès de son 1,5 million d’abonnés. Elle en fait un livre en 2022, No Filter. The Good, The Bad and The Beautiful (Éd. The Open Field, non traduit), dans lequel elle invite à vivre sans faux-semblants. Autrement dit, accepter ses rides, exprimer ses émotions, assumer ses contradictions et refuser l’injonction à être parfaite. En début d’année, elle a commencé une nouvelle aventure : Twenty Good Summers, («Vingt bons étés»), un podcast coanimé avec son compagnon, Jeff Greenstein. Elle s’y confie à cœur ouvert sur la «troisième partie de sa vie», riche d’un nouveau mariage. En plein déménagement surprise, elle s’apprête à écrire le chapitre le plus exaltant de son existence.
Paulina Porizkova porte un manteau pailletté, hoodie, chaussettes et baskets Balenciaga.
Rocio Ramos
Madame Figaro. – vous célébrez l’idée d’une beauté naturelle, quel que soit l’Âge ?
Paulina Porizkova. – Nous, les femmes, sommes exclues de la société une fois que nous atteignons l’âge de ne plus pouvoir nous reproduire. Ce qui nous place quelque part au même rang que du bétail. C’est la raison pour laquelle je passe beaucoup de temps à penser, écrire et débattre à propos de mon âge. Quand je vois les jeunes femmes faire du Botox à 18 ans – pour, je suppose, ne jamais me ressembler –, c’est tellement triste. Dans les années 1980, j’avais 15 ans, je vivais à Paris, et mes héroïnes s’appelaient Jane Birkin et Charlotte Rampling. Elles étaient plus âgées que moi, et j’avais hâte de leur ressembler, d’être plus mature et confiante. Comment, culturellement, en sommes-nous arrivés à renvoyer une image tellement négative de l’âge au point que les jeunes souhaitent effacer toute trace du temps qui passe sur leur visage ?
Paulina Porizkova porte un blouson en cuir Iro, maillot de bain Calzedonia.
Rocio Ramos
Y a-t-il une différence entre l’âge indiqué sur votre passeport et celui que vous ressentez ?
La plupart des personnes de 60 ans commencent à ralentir. J’ai de la chance, parce que je n’ai pas de gros problèmes de santé. L’autre jour, avec Jeff, mon compagnon, nous avons pédalé le plus vite possible jusqu’au marché aux puces pendant 40 minutes ! Mais certaines parties de mon corps commencent à décliner, donc je suis un peu plus sage, plus à l’écoute de moi-même, de mes désirs et de mes limites.
Débardeur en coton Petit Bateau, jupe et ceinture en vinyle Tom Ford. Mules Paris Texas. Modèle Paulina Porizkova @ premium
Rocio Ramos
Le sport est-il essentiel à votre équilibre ?
Le yoga m’ennuie, mais j’aime la boxe et le kickboxing. Hélas, j’ai subi une opération des hanches, il y a deux ans, et je ne peux plus pratiquer comme avant. De plus, j’ai pris du poids à cause de la ménopause. Mais pour le mariage, je voulais être au mieux de ma forme. Je suis un programme sportif déniché sur Instagram pour me sentir plus forte. Et je vais à la salle avec Jeff. Nous avons tous les deux l’esprit de compétition, c’est très motivant.
Paulina Porizkova porte une chemise en coton Willy Chavarria, maillot de bain, The Attico.
Rocio Ramos
Quel type d’alimentation suivez-vous pour avoir autant d’énergie ?
Le jeûne 16/8. J’ai davantage d’énergie si j’ai faim, donc je ne commence à manger qu’en fin d’après-midi et je dîne. Je ne m’y tiens pas de manière stricte. En France par exemple, tout est si bon, c’est impossible ! J’aime le vin et les desserts, je ne veux pas me priver. La clé, c’est de consommer des aliments sains.
Paulina Porizkova porte des boucles d’oreilles et un body en viscose Givenchy.
Rocio Ramos
À quel moment avez-vous décidé d’assumer vos cheveux gris ?
Lorsque le Covid est arrivé. Sans coiffeur, nous nous sommes tous retrouvés face à la réalité, et cela ne m’a pas dérangée. Je dois faire des mèches pour avoir une couleur uniforme et j’utilise du shampoing violet pour la rendre encore un peu plus grise. Si je pouvais avoir les cheveux entièrement blancs, je serais ravie.
Paulina Porizkova porte une combinaison en laine et ceinture Coperni.
Rocio Ramos
Quel est le meilleur conseil beauté que vous ayez reçu dans votre vie ?
J’avais 21 ans, c’était lors d’un dîner Estée Lauder. J’ai demandé aux experts quelle crème ils me conseillaient, ils m’ont répondu : «N’oublie pas d’utiliser une protection solaire. Tu nous remercieras plus tard.»
Paulina Porizkova porte une robe en taffetas de soie bottega veneta.
Rocio Ramos
Que pensez-vous des injections et de la chirurgie esthétique en général ?
Très peu pour moi ! La chose la plus attirante est la confiance en soi, donc si la chirurgie peut en apporter aux femmes, tant mieux. C’est un fait : si vous ressemblez à Demi Moore, vous aurez plus de chance de trouver du travail, vous prolongerez votre carrière. Et si vous êtes célibataire, vous augmenterez vos probabilités de rencontres, parce que la plupart des hommes sont des idiots… Me concernant, je ne désire surtout pas me conformer à ce qui est attendu des femmes, cela voudrait dire céder au système. Oui, les femmes âgées sont belles au naturel !
“Je ne désire surtout pas me conformer à ce qui est attendu des femmes”
Paulina Porizkova
L’espérance de vie croissante de l’humanité amène une nouvelle théorie qui suggère que nous devrions tous trouver «un second scénario». Quel est le vôtre ?
Je dirais plutôt que je suis dans la troisième partie de ma vie. Selon moi, le premier chapitre de l’existence, c’est l’enfance, au pied de la montagne. Le deuxième, on se trouve au sommet, prêt à prendre notre envol, effrayé mais plein d’ambition. On découvre alors combien il est difficile de voler, combien de fois on va tomber. Le troisième chapitre, je dirais que c’est un nouvel envol, en sachant exactement comment les choses vont se passer. C’est là que je me trouve. C’est excitant et angoissant parce que je sais que la vie n’est pas facile. Quand on entre dans la soixantaine, l’horloge commence à tourner. C’est tout le propos de notre podcast avec Jeff : à 60 ans, on considère qu’il nous reste encore «vingt bons étés», si on est chanceux. Il m’en resterait aujourd’hui dix-neuf, alors je ne veux pas perdre un instant.
Paulina Porizkova. Lunettes en acétate Andy Wolf. Maquillage Maria Olsson. Coiffure Nicolas Eldin.
Rocio Ramos
Avez-vous des regrets ?
D’avoir été injuste ou égoïste. Les regrets sont de merveilleux outils pour apprendre ce qu’il ne faut pas faire. Je vais assez bien en ce moment. Si je mourais en sortant de cette interview, je serais alignée…
Et si vous pouviez conseiller la Paulina de 20 ans, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais de ne pas croire que l’amour dure éternellement, mais que rien ne se passera mal de ce côté-là… Et aussi, de faire attention à son argent. Et vous savez quoi ? Elle ne m’écouterait pas !