« Rien ne vous dit que, dans les prochaines décennies, vous pourrez produire des drones en très grande quantité »
Solution d’avenir mais pas solution miracle
L’intervenant ne nie pas l’importance des drones. Il reconnaît que les armées en emploient désormais à des échelles inédites. Mais il juge dangereux de bâtir toute une stratégie sur l’idée que la production de drones pourra croître indéfiniment.
Selon lui, la « guerre du futur » ne dépendra pas seulement des innovations technologiques, « mais aussi de l’accès aux matières premières ». Cuivre, cobalt, terres rares, composants électroniques… : autant d’éléments indispensables aux drones, aux batteries, aux systèmes de communication et aux chaînes de production.
Deux mariages heureux et un divorce difficile au plus grand salon d’armements du monde
« Rien ne vous dit que, dans les prochaines décennies, vous pourrez produire des drones en très grandes quantités, sans perturbations », avance-t-il. À ses yeux, les armées qui imaginent pouvoir remplacer les avions par des milliers de drones ou les soldats par des robots se heurtent à une hypothèse fragile, « celle d’un monde où les ressources resteraient abondantes, accessibles et peu coûteuses. D’ailleurs toutes les guerres sont liées aux ressources, le reste n’est que secondaire », lance-t-il.
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« Toutes les guerres sont liées aux ressources, le reste n’est que secondaire. »
« Si le pétrole devenait durablement beaucoup plus cher, c’est toute l’organisation industrielle qui serait bouleversée », dont la production industrielle, le transport, mais aussi la capacité à maintenir les équipements militaires sur la durée. « On a déjà vu ce que provoquait sur la population, en France, une légère hausse du prix des carburants », glisse-t-il. « La logistique (dont l’approvisionnement, NdlR) est un élément crucial du champ de bataille », entend-on dans une autre bouche, qui tenait le même genre de discours.

Armes, équipements et munitions étaient à l’honneur du salon Eurosatory. ©AFP or licensorsLe rôle du fantassin
Pour ce conseiller, la guerre demeure aussi une affaire de fantassins. Les drones, les robots et les systèmes automatisés peuvent modifier les équilibres tactiques, mais ils ne font pas disparaître le rôle du soldat. « À un moment donné, ce seront quand même des hommes qui iront sur le terrain », résume-t-il.
« Le fantassin conserve un avantage brutal »
Il voit dans les conflits récents une confirmation de cette logique : la technologie compte, mais le nombre, la capacité de production et l’endurance humaine restent déterminants. « Le fantassin conserve un avantage brutal : il est moins complexe à ‘produire’, à équiper et à engager qu’un système technologique sophistiqué ». Il suffit « de faire des enfants, les nourrir et attendre une génération », lance-t-il avec cynisme, en appuyant son analyse sur plusieurs conflits actuels illustrant cette logique.
Dassault, le Rafale et le futur avion français
Dans la foulée de la mort du projet Scaf, le projet de système de combat aérien du futur censé remplacer, entre autres, le Rafale et l’Eurofighter, l’ancien soldat se montre sceptique sur la capacité d’une coopération européenne à préserver les intérêts industriels français. Un son de cloche revenu à plusieurs reprises sur le salon, et pas uniquement de la part de Français.
Selon lui, Dassault dispose d’une compétence unique dans la conception d’avions de combat, construite sur plusieurs générations de programmes, du Mirage au Rafale. Cette expérience « ne se décrète pas et ne s’achète pas simplement avec des moyens financiers comme veut le faire l’Allemagne », estime-t-il.
« Il ne suffit pas de dire ‘je suis Airbus, j’ai 25 milliards d’euros à mettre, je le fais’. Ça ne fonctionne pas comme ça », insiste-t-il.
« Dassault a un carnet de commandes plein, aussi bien dans le public avec le Rafale que dans le privé pour les jets. Je ne m’inquiète pas pour Dassault », lance-t-il encore, convaincu par la solidité du groupe français.
L’intervenant estime d’ailleurs que la France pourrait prolonger le Rafale, notamment avec le standard F5, avant de développer, si nécessaire, un nouvel avion en propre. Il rappelle qu’un avion de combat s’inscrit dans des cycles longs, de trente à cinquante ans, mais qu’il finit toujours par devoir être renouvelé, car les composants deviennent obsolètes et l’avionique doit être modernisée. C’est un constat que l’on a déjà pu faire par rapport à propos de l’avion B-2 Spirit américain un fleuron technologique des années 1990 à deux milliards de dollars, mais dont l’informatique embarquée, bien qu’en partie modernisée, devient obsolète. D’où l’arrivée future du B-21 Raider.
Son pronostic est donc clair : il y aura un nouvel avion de combat français. Peut-être accompagné de drones, de systèmes connectés, mais un avion tout de même.
Une critique sévère de la coopération franco-allemande
Le conseiller fait d’ailleurs partie des personnes les plus critiques présentes sur le salon, où les tensions entre Allemagne et France sont notables.
Selon lui, la France et l’Allemagne n’auraient ni la même culture militaire, ni la même expérience opérationnelle, ni les mêmes priorités industrielles. Pour lui, la France a conservé une armée plus directement tournée vers l’engagement sur le terrain, notamment grâce à ses opérations extérieures, tandis que l’Allemagne aurait développé une industrie performante mais moins façonnée par l’expérience du combat. » C’est une industrie de paix qui n’est pas confrontée aux conditions réelles et à la logistique sur le terrain », explique-t-il.
« La Russie est à nos portes, et les USA nous lâchent. C’est aussi ça le risque pour nos enfants »
L’intervenant met en garde contre les programmes multinationaux dans lesquels chaque pays détient une partie des composants ou des licences. Un problème ouvertement évoqué par plusieurs industriels. Selon lui, cela peut compliquer les ventes à l’étranger si l’un des partenaires bloque une autorisation d’exportation. « Les Allemands veulent de toute façon détruire l’industrie française depuis toujours », lâche-t-il, un brin remonté.
« Une armée sert à faire la guerre »
« Il vaut toujours mieux construire des écoles que des casernes », lance encore le conseiller. Mais il estime « qu’une armée qui ne combat jamais finit par adopter des réflexes de temps de paix, à développer des équipements de confort et à perdre en lucidité opérationnelle ». Un message cynique encore, pour la vision de la paix. Mais selon lui, c’est aussi cela qui a bouleversé l’industrie de défense ces dernières années.
« Une armée engagée, comme l’armée ukrainienne depuis l’invasion russe, développe des solutions adaptées aux contraintes réelles du champ de bataille. Elle apprend vite, parfois brutalement, parce qu’elle est forcée de le faire ». La vraie leçon pour les politiques et les industriels, selon lui, c’est l’expérience de terrain.