Exposition au Scharpoord : salle avec le rappel de l'exposition de 1957Exposition au Scharpoord : salle avec le rappel de l'exposition de 1957Exposition au Scharpoord : salle avec le rappel de l’exposition de 1957 ©Photo : Beculture

Au mur, on retrouve de très belles œuvres de cette exposition, de Luc Peire mais aussi d’autres abstraits d’alors comme Pierre Soulages, Victor Vasarely, Michel Seuphor, Georges Folmer, Aurélie Nemours, Pol Bury, Jo Delahaut, Marc Mendelson et Guy Vandenbranden. On y retrouve aussi le design de l’époque, avec des meubles du fabricant américain Knoll dont des créations de Mies van der Rohe. D’autres « salons » se retrouvent dans l’expo.

L’artiste de la verticalité

Un vrai plaisir qui évoque comment Peire évoluait à la croisée de l’art, de l’architecture et du design de son époque. Il existait alors un terreau artistique favorable au développement d’idées et d’expériences novatrices. Les artistes abstraits et les designers exploraient des questions similaires : comment une forme se rapporte à l’espace, comment fonctionnent le rythme et la répétition, et comment un objet s’adresse au spectateur.

Le plus surprenant est que Luc Peire, 41 ans en 1957, rejetait encore peu auparavant ces tendances abstraites.

Luc Peire, Lucca, 1962Luc Peire, Lucca, 1962Luc Peire, Lucca, 1962 ©photo: Steven Decroos

On évoque ensuite dans la salle suivante, l’évolution stylistique de Peire depuis ses débuts expressionnistes, jusqu’à sa pureté tout en verticalité.

La pureté et la verticalité

Luc Peire avait d’abord suivi les enseignements de Permeke. Ses premiers tableaux (on voit celui des vaches dans un pré) ont la pâte expressionniste du maître de Jabbeke. Mais plusieurs voyages l’ont ensuite totalement transformé. Ses tableaux se stylisent, les personnages deviennent filiformes jusqu’à disparaître en une ligne, les couleurs en aplats sont vives. L’artiste multiplie les voyages : Congo, Maroc, Tenerife. En 1959, il habite à Paris. En 1965-1966, il s’établit à New York.

Luc Peire: Godot 1958Luc Peire: Godot 1958Luc Peire: Godot 1958 ©photo: Cedric Verhelst

La couleur jaune vif dominante dans ses premières peintures abstraites, imite, dit-on, l’effet obtenu lorsqu’on ferme les yeux sous un soleil intense, comme il l’a connu dans ses voyages, et que la lumière continue à filtrer à travers les paupières. À l’exposition, la juxtaposition serrée des toiles de cette époque montre, comme dans un film, la stylisation radicale qu’il choisit peu à peu.

Luc Peire séduit par la rigueur du propos et l’élan de la verticalité

Vers 1957, il réduit sa peinture à des séries rythmiques de lignes et de plans, dans lesquelles la structure verticale devient un principe d’organisation. La forme ne naît pas ici de l’expression, mais d’une construction mûrement réfléchie, d’une recherche d’équilibre et de cohérence. Sa peinture s’épura petit à petit, se rapprochant de celle Barnet Newman et de Piet Mondrian.

Luc Peire: Venici, 1968Luc Peire: Venici, 1968Luc Peire: Venici, 1968 ©Photo : Cedric Verhelst

L’œuvre de Luc Peire séduit par la rigueur du propos et l’élan de la verticalité (signe pour lui de la stature de l’homme), par une œuvre qui jamais ne fut austère ou sévère, car l’économie de moyens va chez lui de pair avec une vraie énergie vibratoire. Chaque fois, le tableau a une couleur dominante : rouge, bleu, jaune.

Œuvre immersive

On évoque avec des dessins, des peintures et un film, son installation immersive la plus célèbre Environnement (1967) dans laquelle on entre dans un cube où les six faces sont des miroirs vertigineux garnis de lignes blanches et noires. On se croirait dans une œuvre de Kusama. Intransportable, elle est visible tout près de là, à la Judestrat à Knokke à la maison Luc Peire, le Peiremuzee.

Toute la beauté du minimalisme, chez Luc Peire

L’exposition évoque aussi dans toute une salle ses nombreuses collaborations avec des architectes et des designers pour étendre son art aux arts appliqués (on voit un tapis et des tours lumineuses) et à l’espace public.

Luc Peire, au Scharpoord, à Knokke-Heist, jusqu’au 25 octobre, beau catalogue.