Sortir de l’approche médicamenteuse
Nicolas Janssen (gauche) et Charles Gardier travaillent sur ce projet depuis plusieurs mois. ©
Depuis plusieurs mois, le Bruxellois travaille, avec son collègue libéral Charles Gardier (MR également), à un projet singulier : une plateforme qui doit permettre aux professionnels de la santé de prescrire, à leurs patients, des… activités événementielles : « J’avais découvert une initiative similaire à Sprimont, où une maison médicale prescrivait des visites de musées, et je trouvais ça intéressant, se remémore celui qui n’est pas l’un des fondateurs des Francofolies de Spa pour rien. J’ai proposé une initiative identique à l’échelle communale (NDLR : il est conseiller communal à Spa), et c’est passé à l’unanimité. «
Le tandem Janssen-Gardier entend désormais passer à la vitesse supérieure. Et faire de leur plateforme, baptisée Prescrivity (pour « prescription » et « activity »), un outil du quotidien pour les médecins et autres professionnels de la santé mentale à l’échelle du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « On sait, rapporte Nicolas Janssen, que 10 % des Belges consomment des antidépresseurs. Mais dans le cas de burn-out ou de dépressions, les médecins savent bien que l’approche médicamenteuse n’est pas toujours celle qui convient le mieux. »
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En sortant de chez eux, les patients vont découvrir un autre univers, et pourraient avoir envie, ensuite, d’y retourner
Concrètement, comment les choses se dérouleront-elles ? « Les médecins ne demandent qu’une chose : permettre à leurs patients qui souffrent de troubles mentaux de sortir de leur détresse, insiste Charles Gardier. Et ça passe parfois par le fait de… sortir tout court. Grâce à cette initiative, ils pourront leur donner un QR code spécifique qui leur donnera accès à une série de manifestations rangées par univers – culture, sport, etc. – et par zones géographiques. «
Mieux : les patients ainsi « tuyautés » pourront également acquérir une place pour un(e) accompagnant(e), « parce que c’est parfois compliqué d’effectuer cette démarche seul(e) lorsqu’on est fragilisé », indique Nicolas Janssen. La séance culturelle ou sportive n’est pas totalement gratuite pour autant : pour chaque activité, il faudra s’acquitter d’un montant, modeste, d’1,50 €. « Payer, même un petit montant, incite les gens à venir », souligne Charles Gardier.

L’initiative vise à inciter les gens fragilisés à sortir de chez eux. ©Unsplash
La démarche s’appuie sur une autre réalité : beaucoup d’organisateurs d’événements disposent de places dont… ils ne savent que faire. Et qui, dans ce cas précis, trouveront preneurs. « On pourrait penser, reconnaît l’élu spadois, que cette initiative pourrait pénaliser la culture. Mais c’est tout le contraire : en sortant de chez eux, les patients vont découvrir un autre univers, et pourraient avoir envie, ensuite, d’y retourner. » « Et c’est bénéfique, aussi, pour les entreprises, qui vont voir des personnes fragiles retrouver un peu de bonheur, et moins »décrocher » », complète Nicolas Janssen.
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Des gens en détresse n’auront en général pas envie de se rendre dans une salle de 10 000 personnes, mais verront moins de problèmes à se déplacer dans une petite salle de quartier
Le but est d’ailleurs de posséder une offre la plus éclectique possible, qui ne vise pas que les « grandes » salles : les centres culturels, par exemple, seront invités à proposer des places. « Même 2 ou 3, ce sera toujours utile, insiste Charles Gardier. Parce qu’on sait que des gens en détresse n’auront en général pas envie de se rendre dans une salle de 10 000 personnes, mais verront moins de problèmes à se déplacer dans une petite salle de quartier, à 100 mètres de chez eux. »