La mobilisation a-t-elle été directement suivie par le réseau officiel WBE ?
Les premiers jours, le choix qui avait été fait, c’était de continuer à donner cours et d’utiliser nos directeurs généraux et l’administrateur général comme interlocuteurs avec la ministre pour tenter d’ouvrir encore les pistes possibles. Mais on a été vite rattrapé par un mouvement venu principalement d’autres PO, que nos équipes pédagogiques ont décidé de rejoindre et elles en font maintenant pleinement partie.
Ce 17 juin, une dizaine de jours après le vote du décret, quelle est la situation ?
La particularité de notre PO, c’est que la situation à Libramont n’est pas celle que nous avons à Verviers. Il était difficile d’adopter une seule ligne de conduite. Il a été laissé la possibilité aux directions des écoles extrêmement touchées de pouvoir supprimer les examens organisés en interne. Et par contre, à partir du moment où Mme la ministre décide de le faire, de maintenir les épreuves externes. On a tenu aussi à organiser tant que possible les révisions, pour les épreuves du CE1D et du CESS. Dans l’ensemble, ça s’est plutôt pas mal passé.
Et derrière les conseils de délibération, il y aura aussi comme mot d’ordre la bienveillance, et d’entamer un maximum de discussions avec les parents pour pouvoir guider les élèves au mieux, et donc très souvent permettre des passages facilités. Même si cela ne veut pas dire qu’on exclut complètement les redoublements.

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Est-ce un mouvement inédit ?
Complètement. Et c’est un mouvement qui nous dépasse. J’étais étudiant lors des grandes grèves de 1990-91, j’ai connu ensuite dans mon parcours professionnel celles de 1996. Tous ces mouvements ont toujours respecté les règles. D’habitude, les enseignants restent de bons petits élèves même en période de protestation. Aujourd’hui, on se retrouve avec des piquets bloquant s, en théorie interdits, des blocages de centres de distribution des épreuves externes. Ce n’est pas habituel. À titre personnel, j’ai eu espoir que le mouvement s’arrête plus tôt. Ce qui l’a transformé complètement, c’est le vote en force du gouvernement. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, on a des gens qui ne respectent plus les règles qui en prennent la tête, qu’on se retrouve dans une situation où le compromis n’est plus possible. La crainte est que cela continue à dégénérer. Au niveau des directions et du PO, on s’adapte, on garde une position neutre, même si on comprend le mouvement en ne cautionnant pas la forme, et on fera un maximum pour respecter la loi. On parle souvent du monde de l’enseignement comme quelque chose d’extrêmement rigide. Je ne sais pas s’il y a des professions qui sont capables de se réinventer aussi vite. On l’avait vu déjà en période Covid, on recevait parfois des directives dimanche soir, qu’on mettait en application le lundi matin à la première heure.
La fin de l’année et la rentrée s’annoncent compliquées ?
Cela dépendra de la distance que chacun est capable de prendre. J’ai envie de faire confiance aux équipes pédagogiques sur l’attention qu’elles porteront aux élèves. Les parents doivent aussi être rassurés, ce n’est pas parce qu’on a manqué trois semaines de cours que la vie est finie. Ce qui m’inquiète, c’est l’ampleur que pourrait encore prendre le conflit pour la suite. S’il n’y a pas une des deux parties qui rouvre le dialogue, on pourrait être partis encore pour de longues semaines, jusqu’à la rentrée. Cela deviendrait plus problématique, évidemment car cela reste un moment stratégique de la scolarité des élèves. Mon espoir personnel, c’est Thierry Knapen et pas le préfet de zone qui s’exprime à nouveau, c’est que Mme la ministre prendra conscience que c’est toujours soit le plus malin, soit celui qui a le plus de responsabilités, qui doit être capable de faire le demi-pas en arrière pour rouvrir le dialogue et pour permettre une négociation.
Bio express
Naissance et jeunesse
Thierry Knapen est né le 4 mai 1973 à Montegnée. Il a grandi à Fexhe-le-Haut-Clocher où il a été scolarisé dans le fondamental officiel, avant de poursuivre ses études secondaires à l’Athénée de Montegnée. Il vit toujours dans la même commune avec son épouse. Ils sont parents de « deux grands enfants ». Un policier liégeois et une étudiante en médecine vétérinaire.
Formation et carrière
Il s’est ensuite dirigé vers un régendat aux Rivageois (Liège), pour devenir prof de sciences-géographie. « À la base, je me tournais vers l’éducation physique, mais mes parents n’ont pas voulu. Je me suis décidé durant les grandes vacances. Et c’est sans regret parce que j’ai pris beaucoup de plaisir par la suite à enseigner dans ce domaine. »
Il devra toutefois patienter avant de le faire. « La conjoncture étant très différente » en 1995, il est resté deux ans sans travailler dans l’enseignement. Il a aidé son papa, indépendant dans le bâtiment, avant des remplacements à l’Athénée Charlemagne (Jupille-Fléron), et un poste d’éducateur à l’internat de l’Air Pur à (Seraing) avant d’y donner cours.
Puis, il a été nommé pendant douze ans à l’Athénée de Huy, avant de se former à la direction. Il a été directeur de six écoles dont Verdi, Thill Lorrain et Welkenraedt. Finalement, il est devenu préfet coordinateur pour le district Verviers il y a trois ans et demie. Il y chapeaute sept athénées, une école spécialisée, cinq internats, des centres PMS et un pôle territorial.