L’histoire est digne d’un polar. Comment des sculptures monumentales peuvent-elles disparaître du jour au lendemain? En 1990, deux artistes renommés – le Vaudois Olivier Estoppey et le Neuchâtelois Denis Schneider – ont l’idée, avec les Valaisans André Kittel (l’architecte) et Jacques Wirthner (designer), de donner une seconde vie à des œuvres de grande envergure déjà exposées dans des événements en plein air tels que Bex & Arts ou Art Môtiers. Ils décident alors de créer un cimetière de sculptures. «Nous avons trouvé le terrain idéal, au lieu-dit Les Sampelets, en dessous de Vissoie, dans le val d’Anniviers, explique Olivier Estoppey. Un lieu chargé d’histoires. On dit qu’ici un notable valaisan avait décidé de se retirer, de vivre en autarcie. Il reste de son retrait une petite maison et une chapelle, toutes deux perdues dans un vaste pâturage.»

Pour y accéder, il faut descendre depuis Vissoie une route raide et escarpée, croiser parfois quelques vaches pour parvenir à une vaste clairière. «Une sorte de cimetière d’éléphants dans la montagne, là où les pièces pouvaient survivre ou mourir tranquillement avec l’usure du temps», souligne Denis Schneider. En janvier 1992, cinq sculptures sont posées en hélicoptère dans le cimetière. Il y a les trois bateaux en bois surmontés d’un mât de plus de 17 mètres de haut, coiffé d’une immense fleur séchée. La coque est tordue, laissant l’image symbolique d’une barque qui ne peut que tourner en rond. Une installation de grande envergure d’Olivier Estoppey intitulée Erguz ez foh, visible en 1989 à Zoug lors d’une exposition collective sur le thème du bois, puis reprise et complétée par un troisième bateau pour Bex & Arts, en 1990, sous le titre Les grandes barques.